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Fille d'un peintre fou

 
  • Caraboc

    Mange-mots

    Hors ligne

    #131 26 Mars 2017 08:45:00

    BON bah, comment dire... j'ai très très très envie qu'Adam et Andrea se retrouve ( confrontation ultime)
    mais je pense que ça risque de déraper s'ils rencontrent... j'imagine très bien Andrea et Adam dans des colères noires qui sont en train de se crier dessus et qui à la fin finissent par essayer de s'entre tuer XD

    bref toujours une aussi bonne histoire, j'adore Adam et le fait qu'il parle à la poupée c'est trop mignon :pink:
    bref continue comme ça moussaillon ( pourquoi je ne sais pas ... j'ai des élans de temps en temps, donc il y a aucune explication pour le moussaillon )
  • Kae

    Magicien des lignes

    Hors ligne

    #132 26 Mars 2017 09:05:31

    Caraboc a écrit:

    BON bah, comment dire... j'ai très très très envie qu'Adam et Andrea se retrouve ( confrontation ultime)
    mais je pense que ça risque de déraper s'ils rencontrent... j'imagine très bien Andrea et Adam dans des colères noires qui sont en train de se crier dessus et qui à la fin finissent par essayer de s'entre tuer XD

    bref toujours une aussi bonne histoire, j'adore Adam et le fait qu'il parle à la poupée c'est trop mignon :pink:
    bref continue comme ça moussaillon ( pourquoi je ne sais pas ... j'ai des élans de temps en temps, donc il y a aucune explication pour le moussaillon )

    Aha, Adam et Andrea, le Choc des Titans ! XD

    Ah tiens, au moins une qui adore Adam ! Ça se fête : il a pas trop la côte, comme perso ! =D :pompom:

    Merci de m'avoir lue. :)

    (Aha, moussaillon ! On me l'avait jamais faite, celle-là ! XD)
  • Kae

    Magicien des lignes

    Hors ligne

    #133 26 Mars 2017 18:12:55

    Double post, désolée !

    VOICI LA SUITE ! J'espère qu'elle vous plaira ! :)



    2009 – Point de vue de Damien
    Andrea est de retour après deux semaines d'absence ; elle devait être malade. Je suis content de la revoir. La vérité, c'est que j'étais inquiet pour elle, mais jamais je n'irai ne le lui dire : c'est le genre de phrase qui sert à rien et qui peut surtout foutre un gros malaise. Et puis, si jamais je me suis planté et qu'elle était absente pour d'autres raisons, bonjour la honte...

    A ma grande surprise, elle n'est pas allée à sa place habituelle, quelques rangs devant, mais elle est venue directement me demander de m'installer à côté de moi. Bien entendu, je n'ai pas refusé : j'apprécie sa présence.

    - Désolée de t'avoir laissé en plan pour l'analyse sur Dali, me murmure-t-elle pendant que le prof est tourné vers l'autre bout de la classe.

    - C'est pas grave, tu avais fait un brouillon très complet, je n'ai presque rien eu à faire. D'ailleurs, on a eu 15.

    - Cool, dit-elle sans enthousiasme.

    Je lui montre brièvement la copie auquel elle jette un regard à peine intéressé. Je n'insiste pas et me dépêche de la ranger. Le prof passe devant notre rang ; il échange un long regard avec Andrea sans interrompre son cours, puis repart. Elle le suit du regard d'un air peu commode, puis revient à moi.

    - Dis, Da... Da... euh... Pfff... Bon, je sais que tu n'aimes pas ce surnom, mais je peux t'appeler Da Vinci ? Je le mémorise mieux.

    - Euh...

    - S'il te plaît. Une exception pour ta binôme. Tu m'en dois une : tu m'as dessinée sans mon consentement, après tout.

    Je ne sais plus où me mettre, j'avais espéré qu'elle oublie cette fois où j'avais fait son portrait cerné d'ombres.

    - Bon, ok... mais c'est vraiment pour te faire plaisir...

    - Merci, murmure-t-elle avec un petit sourire.

    - ... Mais j'aimerais pouvoir t'appeler Andy, même si tu n'aimes pas ce surnom. Comme ça, on sera quittes là-dessus.

    Elle écarquille les yeux et je la sens sur le point de refuser tout net ; ses lèvres sont crispées et je me demande si elle n'est pas encore plus pâle que d'habitude. Quelques secondes, puis son visage se détend et elle soupire.

    - Ok... Je savais que j'échapperai pas à ce surnom de merde...

    - Il est très joli.

    - Bof...

    - Hm...

    Elle lance un regard rapide au prof, puis regarde l'heure. Elle semble chercher mentalement ses mots puis me regarde par en dessous.

    - Tu te rappelles de notre promenade en ville ?

    - Oui, pourquoi ?

    - J'aimerais bien qu'on remette ça.

    - Oh... Moi aussi...

    Encore un petit sourire, plus timide.

    - Tu voudras bien m'attendre à la sortie ? Je dois d'abord présenter mes excuses au prof pour mon absence.

    - Ok. Je serai dans le couloir.

    - Merci.

    Je lui rends son petit sourire, puis on finit par suivre le cours dans le silence jusqu'à la sonnerie.


    Point de vue de M. Rivière
    La sonnerie, enfin. Les étudiants se lèvent et se précipitent vers la sortie, Raphaël lui adresse même un salut nonchalant de la main comme s'il s'adressait à un pote. M. Rivière ne se vexe pas : lui-même était à l'aise avec ses professeurs lorsqu'il avait cet âge.

    Il voit Damien et Andrea se lever et échanger quelques mots. Alors que le professeur s'apprête à interpeler la jeune fille, il est surpris de la voir se diriger d'elle-même vers lui tandis que son camarade sort sans un regard en arrière. Ils allaient être seuls, il n'a plus de cours à tenir pour la matinée, la salle n'est réservée par aucun de ses collègues pour les trois prochaines heures, tout est parfait.

    - Ah, Andrea..., commence-t-il en s'installant derrière son bureau.

    La jeune fille se place de l'autre côté du meuble et s'y appuie des deux mains, le visage fermé, tentant de se donner une contenance.

    - Où il est ?

    - Qui donc ?

    - Vous le savez bien.

    C'est vrai, mais il veut l'entendre prononcer le prénom de son cinglé de père quitte à ce que cela lui écorche la langue. Mais elle ne cède pas et continue de le toiser du regard.

    - Vous comptez aller voir votre papa ?

    Elle fronce les sourcils mais ne bronche pas. Elle est plus coriace qu'elle n'en a l'air, avec sa si frêle corpulence.

    - Vous n'avez pas peur qu'il vous tue comme il a tué votre mère ? A moins que vous ne comptiez le revoir pour lui rendre la monnaie de sa pièce.

    La jeune fille penche la tête de côté, toujours silencieuse. M. Rivière commence à s'ennuyer et préfère donc se lever pour que sa haute taille l'impressionne et la fasse parler. Elle lève les yeux pour ne pas éviter son regard mais reste impassible.

    - On pourrait aller le voir ensemble, je pourrais vous y conduire...

    - Pourquoi ensemble ? Vous voulez me protéger de lui ?

    - Je veux qu'il sache que vous êtes entre de très bonnes mains, Andrea.

    - Entre de très bonnes mains..., répète-t-elle pensivement.

    - Si vous saviez à quel point elles sont habiles... Je peux vous le montrer, si vous voulez : nous sommes seuls...

    Et enfin, il obtient une réaction : Andrea écarquille les yeux avant de les baisser et barrer son torse d'un de ses bras, l'air gêné. Sa bouche qui se tord en une petite moue mal à l'aise commence à le faire fondre et il se penche un peu vers elle. Elle baisse la tête, impressionnée.

    - Vous êtes ravissante, je l'ai toujours vu...

    - Je...

    - Avez-vous lu Orgueil et Préjugés* de Jane Austen ?

    - Ou... Oui...

    - Dans ce cas, je peux vous dire que vous êtes mon Elisabeth : beauté discrète, beaucoup d'esprit et de caractère, et de beaux yeux noirs..., susurra-t-il, jouant son numéro de charmeur qu'il connaissait par cœur.

    Elle n'était pas la première qu'il séduisait, il savait comme s'y prendre, il n'avait aucune hésitation, et son air d'ingénue effarouchée lui prouvait qu'il faisait tomber ses barrières. Finalement, il n'avait pas à beaucoup travaillé pour qu'opère le syndrome de Stockholm chez la jeune fille.

    - S'il vous plaît, monsieur..., commence-t-elle à implorer d'une petite voix alors que ses yeux lui demandent, au contraire, d'oser la prendre dans ses bras.

    Frédéric Rivière n'a jamais pu résister aux femmes et à leurs oeillades. C'est sa faiblesse : il sait les charmer, mais il ne peut s'opposer à une invitation.

    - S'il vous plaît, Frédéric...

    Lorsqu'Andrea déchir soudainement le haut de sa chemise, faisant sauter deux boutons et dévoilant sa peau d'albâtre, il ne tient plus et l'agrippe par les épaules pour l'avancer vers lui. Elle pousse un soudain hurlement juste avant qu'il n'écrase ses lèvres sur les siennes.


    Point de vue de Raphaël
    - Hey, Da Vinci, elle fout quoi, Del Sarto ?

    Da Vinci, qui attend tranquillement dans le couloir, face à la porte close derrière laquelle se trouvent le prof et Andrea, tourne la tête vers son camarade. Habituellement, ce dernier ne lui adresse jamais la parole, ne le considérant pas suffisamment intéressant. Mais là, il est en quête de réponses. Damien hausse les épaules.

    - Elle discute de son absence avec le prof.

    - Pourquoi elle était pas là ?

    - Je sais pas.

    - Tu te fous de moi ? Elle était en binôme avec toi, elle traîne avec toi, et tu sais rien ? Elle te parle pas alors que vous passez tout votre temps ensemble ? rétorque le blondinet avec aigreur.

    Mais Damien ne se laisse pas impressionner et hausse à nouveau les épaules.

    - Elle m'a rien dit sur son absence, je te dis.

    - Tu l'attends, là ? demande ensuite Raphaël, se rendant compte que sa question est stupide.

    Que ferait Da Vinci devant cette porte, sinon ?

    Le silence retombe entre eux et Raphaël a soudainement l'idée de plaquer son oreille contre la porte pour en savoir plus sous le regard outré de Damien dont il n'en a cure. Sauf qu'il n'entend rien, les voix sont trop étouffées.

    Jusqu'à ce que Del Sarto pousse un hurlement terrifié, suivi d'un « Non ! » implorant.

    Ni une ni deux, Raphaël ouvre la porte à la volée, suivi de près par Da Vinci qui a réagi tout aussi vite que lui. C'est avec stupeur que les deux jeunes hommes considèrent la scène sous leurs yeux.

    Andrea s'éloigne de deux pas du prof, les bras croisées devant son torse, l'air horrifié et les yeux brillant de larmes ; face à elle, M. Rivière a encore les mains tendues, lui qui l'avait tenue dans ses bras au moment où les deux étudiants étaient entrés en trombe. Sans perdre un instant, Andrea court vers eux en sanglotant. Raphaël la réceptionne et elle se laisse faire, choquée et tremblante.

    - Del Sarto, enfin, Andrea, qu'est-ce que... ? balbutie-t-il, complètement retourné par ce qu'il a surpris.

    - Monsieur ? ajoute Da Vinci, tout aussi abasourdi.

    Le prof les regarde avec de grands yeux, l'air tout aussi horrifié que la jeune fille effrayée dans les bras de Raphaël. Il semble se rendre compte qu'il est dans le pétrin.

    - Non... C'est pas ce que vous croyez ! est tout ce qu'il trouve à dire.

    L'excuse typique de ceux pris en faute. Raphaël lui lance un regard soupçonneux.

    - Ah bon ? renvoie-t-il sèchement.

    - C'est elle ! Elle...

    Raphaël baisse les yeux sur Andrea qui est serrée contre lui, le visage caché par son épaule qu'elle mouille de larmes. Il remarque que sa chemise est dans un sale état, en bonne partie déchirée, révélant son fin débardeur blanc. Pas besoin de chercher loin : c'est bien ce qu'il croit.

    - Je vais l'amener chez le directeur, intervient Da Vinci en venant à la hauteur de ses camarades.

    - Non, ne faites pas ça, vous vous trompez ! contre M. Rivière en avançant vers eux.

    Aussitôt, Raphaël met Andrea dans les bras de Da Vinci et s'interpose entre elle et le professeur.

    - N'avancez pas, monsieur.

    - Mais...

    - Vous avez toujours été bizarre avec elle, à la regarder tout le temps..., renchérit Da Vinci, l'air froid.

    - On y va. Viens, Del Sarto. On va chez le dirlo.

    - Andrea, dîtes-leur que vous étiez d'accord ! crie le prof à l'intention de la jeune fille.

    Elle lève brièvement la tête, le visage caché à ses deux camarades par ses longs cheveux noirs, puis elle entreprend de s'essuyer les joues et les yeux, tentant de calmer ses spasmes et remerciant Da Vinci pour le mouchoir qu'il lui tend.

    A cet instant, Raphaël voit une expression effroyable se dessiner sur le visage du prof, celle d'un fou furieux, d'un psychopathe qui aimerait réduire en charpie sa proie, et qui est sur le point de flancher.


    Point de vue de M. Rivière
    Elle l'avait pris de court, il s'était attendu à ce qu'elle s'offre sans résistance, pas à ce qu'elle change brusquement d'attitude et devienne une demoiselle en détresse que deux chevaliers servants viennent secourir.

    Il n'avait pas compris ce qu'il s'était passé, lui qui était empli de liesse se retrouvait soudainement plongé en pleine incompréhension et horreur : Raphaël Lorrier et Damien Tran le regardaient comme un criminel pendant qu'Andrea pleurait contre le jeune homme blond, toute tremblante et vulnérable, loin de la jeune fille qui l'avait imploré de l'attraper et l'embrasser. Parce que c'était ce qu'elle avait fait, il ne l'avait pas rêvé ! Il avait connu tellement de femmes qu'il savait comment interpréter leur comportement, il ne s'était pas trompé sur le message qu'elle lui avait passé !

    - Andrea, dîtes-leur que vous étiez d'accord ! l'avait-il implorée pour que les doutes de Lorrier et Tran s'évaporent et qu'il ne soit plus considéré comme un criminel.

    Lorsqu'Andrea releva la tête pour le regarder, il comprit. Elle lui avait lancé un sourire mauvais, le rictus haineux d'une sorcière qui lui avait tendu un piège, et lui était tombé dedans comme un bleu. Elle l'avait cerné, elle savait qu'il n'aurait jamais pu résister à ses charmes même les plus subtils, elle avait compris comment retourner le jeu en sa faveur et lui avait damé le pion.

    Son expression d'affreux triomphe et son sourire de sorcière disparurent si vite qu'il aurait pu croire avoir rêvé, mais il savait qu'il n'avait pas halluciné : elle lui avait fait comprendre qu'elle l'avait eu en beauté. Exactement comme... comme...

    « Putain, la... » pensa-t-il, pétrifié par l'horreur alors qu'il comprit enfin.

    Sans le savoir, elle lui avait fait le même coup de fourbe qu'Adam, elle s'était comportée comme Adam... Elle était comme Adam !

    Plus qu'une quelconque ressemblance, elle était sa copie conforme, son alter ego féminin !

    - Tu es bien comme ton père, sale petite garce ! lui cria-t-il alors qu'elle fut escortée par ses deux princes charmants vers la sortie de la salle.

    Raphaël, qu'il pensait semblable à lui, lui lança un regard dégoûté avant de fermer la marche de Damien Tran et la jeune fille. Dans quelques minutes, ils se retrouveraient dans le bureau du directeur et parleraient de cette fausse agression de sa part.

    Il était très mal barré.


    Point de vue d'Andrea
    Tout s'est bien passé, et même mieux que ce que j'avais espéré : Raphaël ne faisait pas partie du plan, que Da Vinci, mais il avait très bien réagi et rendait mon histoire plus convaincante ; il ne pourra jamais dire que je lui ai demandé de m'attendre. Pour Da Vinci, j'espère qu'il ne trouvera pas ça étrange que je lui demande de m'attendre pile le jour où le prof m'agresse.

    Quant à ce sale pervers, ce n'était pas difficile de le pousser à me sauter dessus, je savais bien qu'il était de ce genre-là, qu'un rien l'enflamme. Je n'ai même pas eu besoin de dire grand-chose, rien de trop suspect qui aurait pu être entendu, et pour entendre ce qu'il se passe dans les salles, il faut avoir une très bonne ouïe ou que les personnes à l'intérieur hurlent très fort.

    Hurler, pleurer, trembler, ce n'était pas si difficile non plus : en quatorze ans, j'ai eu le temps d'apprendre à maîtriser ces émotions lorsqu'elles me submergeaient puis à les simuler. Je ne sais pas pourquoi j'ai cherché à exceller dans ce jeu de manipulation, peut-être parce que je devais être armée pour ce jour, pour piéger mon prof.

    J'arrive au bureau du directeur. Dans quelques minutes, M. Rivière ne sera plus un professeur au physique avantageux et au sourire charmeur, mais un pervers qui s'amusait à tourmenter une de ses élèves avant de l'agresser dès que l'occasion s'est présentée.

    Tu as voulu jouer, connard, et tu as perdu. Tu n'aurais pas dû me sous-estimer : après tout, tu connaissais mon père et tu aurais mieux fait de te dire que je pouvais être aussi mauvaise que lui ; car effectivement, il semblerait que j'ai hérité de sa noirceur et, à force de me harceler, tu l'as fait jaillir plus puissante que jamais. Tu as voulu atteindre le soleil et tu t'es brûlé les ailes. A ton tour de souffrir.

    Aujourd'hui plus que jamais, je ne peux le nier : je suis la digne fille d'Adam Delaunay.


    *Orgueil et Préjugés : roman de Jane Austen paru en 1813.

    Dernière modification par Kae (26 Mars 2017 20:53:18)

  • Kae

    Magicien des lignes

    Hors ligne

    #134 15 Avril 2017 18:02:25

    Bonjour !

    VOICI LA SUITE !
    J'espère qu'elle vous plaira. :)


    2009 – Point de vue d'Adam
    Alors qu'il suivait sagement Didier dans le dédale de couloirs, Adam Delaunay, fidèle à son côté rêveur, se permit de partir dans ses pensées. Parcourir ces lieux était devenu une routine, et cette répétition agissait sur lui comme un pendule, et son esprit s'évadait un temps.

    On lui avait toujours dit qu'il devait parfois rester ancré dans la réalité : il pouvait parfois être tellement ailleurs qu'il ne voyait rien de ce qu'il se passait sous ses yeux ; ce fut ainsi qu'une fois, sa femme Andrea, qui était à l'époque sa petite amie de fraîche date, avait pu prendre le même car que lui sans qu'il s'en rende compte ! Mais rien n'y faisait, Adam continuait de se déconnecter du monde réel de temps à autre, et il ne voyait pas en quoi c'était un problème.

    Jusqu'à ce qu'il se réveille ici et qu'on lui dise qu'il avait tué sa femme. Il lui avait fallu un temps fou pour réaliser qu'elle n'était plus de ce monde, et qu'il était responsable de sa mort prématurée ; le fait est qu'il ne s'en souvenait plus et se disait incapable de lever la main sur son épouse adorée même si leur relation s'était étiolée à cause de leurs problèmes. Rien n'y faisait, les souvenirs ne voulaient pas émerger ; bien sûr, Hortense avait mis cela sur le choc et le deuil avant de comprendre que son patient était du genre à fuir dans sa bulle, s'enfermer dans son esprit tourmenté. Elle se dit que, peut-être, souffrait-il d'absences et d'amnésie mais que jamais cela ne fut décelé avant qu'il ne commette son geste irréparable.

    Ce qui ne faisait aucun doute sur sa personnalité, cependant, était sa propension à se plonger dans de véritables colères noires. Là, oui, des témoignages disaient qu'Adam Delaunay était victime de son mauvais caractère, et que cela avait eu tendance à s'aggraver suite à sa baisse de popularité artistique et l'annonce de la maladie de sa femme. Cependant, ses colères passées n'étaient rien face à ses crises de rage une fois qu'il avait compris qu'il était enfermé ici sans grand espoir de sortie, du moins dans l'immédiat.

    Cela, Adam Delaunay ne l'avait pas accepté, et Hortense avait fait preuve d'une incroyable patience et d'un calme olympien pour supporter le caractère de son malade, elle qui était une toute jeune psychiatre arrivée depuis peu dans l'établissement, et lui son premier « vrai » patient, elle qui n'avait eu à traiter que de cas plus dociles et aux crimes moins graves.

    Au début, cela avait été très difficile à cause d'un détail, si l'on omettait le décès de sa femme et sa nouvelle vie de prisonnier : son traitement. S'il y avait une chose qu'Adam détestait en ce bas monde, c'était bien la drogue. Or, ici, il n'y avait pas d'autre alternative pour calmer un patient agité, et il s'en était vite rendu compte. Lui qui se plaisait à rêvasser n'avait jamais autant lutté pour rester conscient lorsqu'on lui prodiguait une piqûre ou lui faisait avaler de force ses cachets. Mais cela n'avait qu'un faible effet, suffisait seulement à le calmer un moment car, lorsqu'il reprenait ses esprits, il était plus furieux encore : il n'appréciait pas qu'on lui injecte ce qu'il considérait comme un poison dans les veines, il ne voulait pas devenir une épave complètement shootée par la morphine, et pourtant... Dans ses moments de colère mêlée de déprime, il se disait que jamais il n'avait autant ressemblé à son père : tueur d'épouse, père horrible, et maintenant drogué jusqu'à l'os. Quand son esprit dérivait suite à ces pensées cruelles, il cessait de lutter, se laissait emporter par la folie et se mettait à rire jaune : c'était tellement ironique qu'il soit devenu justement tout ce qu'il haïssait, que fuir ce modèle familial qu'il avait toujours connu n'avait servi à rien ; le mal était en lui, il était peut-être né ainsi, il n'était capable que de reproduire le schéma qu'il avait connu au lieu de faire l'inverse, et en tuant son père il n'avait fait que prendre goût à la violence et sa folie avait resurgi des années après son premier crime, tout cela pour se jeter sur la seule qui ne lui avait jamais dit ou fait le moindre mal : sa femme, l'amour de sa vie.

    Oh oui, Adam avait très mal vécu ses débuts de patient ici... mais, aujourd'hui, il semblait si calme qu'on croirait qu'il ne ressentait plus aucune amertume envers cette période de sa vie. Hortense prenait cela comme de la résilience, mais le concerné lui-même en doutait, préférant se dire que son âme souillée prenait un plaisir malsain à ressasser le passé et, plus particulièrement, les détails les plus sordides.

    Comme, par exemple, le fait qu'il voyait souvent la femme en noir au début de sa convalescence forcée en ces lieux.

    Tout d'abord, elle se contentait d'apparitions discrètes, au fin fond d'un couloir ou d'une pièce, presque noyée parmi les autres patients et psychiatres mais suffisamment visible pour qu'il la remarque ; puis elle se faisait plus présente et semblait même chaque fois plus proche, en plus d'aimer le surprendre, se montrant au détour d'un couloir ou derrière une porte qu'un infirmier fermait. Elle ne bougeait pas, se contentant de se tenir face à lui. N'importe qui aurait trouvé inquiétante cette apparition à la longue robe noire, aux gants et au voile aussi sombre, mais pas Adam : il savait que c'était Andrea, tout simplement parce qu'elle s'habillait ainsi vers la fin, cachant son corps meurtri par la maladie aux yeux des autres et même des siens ; et puis, elle ne se montrait qu'à lui, son mari. Cela ne pouvait être qu'elle, voilà pourquoi il ne croyait personne lorsqu'on lui disait qu'elle n'était plus de ce monde.

    Mais il avait beau l'appeler et la supplier de se montrer afin qu'il sorte d'ici et revienne auprès d'elle, elle ne répondait pas à ses vœux, se contentant de se tenir droite et silencieuse, le visage caché par son voile noir.

    Lorsque la vérité de son crime lui sauta littéralement au visage et que les souvenirs lui revinrent en mémoire, Adam comprit qu'il n'avait fait qu'halluciner, que sa femme n'était vraiment plus là, qu'il avait vu un fantôme ou plutôt la personnification de ce qu'il avait fait à sa femme, que sa silhouette vêtue de noir ne venait que de son esprit malade et rongé par la culpabilité du meurtre. Depuis cette nuit tragique, jamais Adam n'avait eu envie de mourir et le personnel de l'hôpital psychiatrique avait eu toutes les peines du monde à le maîtriser et le ramener dans sa chambre, où il pleura et hurla la perte de son épouse jusqu'à épuisement.

    S'il n'avait pas essayé de mettre fin à ses jours, cette fois-là, c'était uniquement parce qu'il lui restait sa fille, parce qu'il fallait qu'il s'occupe d'elle, qu'il la protège, qu'il soit enfin le père qu'elle mérite et qu'Andrea, de là où elle se trouvait si un au-delà existait, n'ait pas à pleurer sur le sort de leur enfant unique qu'il avait rendu peu enviable. Il ne voulait pas que sa petite Andy fasse partie de ces gosses en perdition ballotés de famille d'accueil en orphelinat pendant des années, sans attaches, sans amour, et qui emprunterait le mauvais chemin par dépit. Il ne pouvait pas laisser sa fille avoir un destin sordide par sa faute, il avait fait trop de mal autour de lui, il avait été détruit par son père, et il s'était montré digne de lui. Il ne voulait pas qu'Andy devienne comme lui, il voulait qu'elle échappe à cet avenir sombre. Voilà pourquoi il n'avait pas opté pour le suicide.

    Et voilà pourquoi, aujourd'hui, il faisait en sorte d'être un patient exemplaire et de plaire à Hortense : il devait sortir d'ici même s'il n'avait plus droit aux traitements de choc grâce à sa bonne conduite. Quatorze années étaient passées, Andy était peut-être déjà engagée sur un mauvais chemin de vie, il devait la guider afin qu'elle ne suive pas ses traces. Et maintenant que Fred faisait partie de l'équation, il ne pouvait pas se permettre de rester impuissant ici : il savait que, s'il s'était montré dangereux envers sa propre famille, Fred pouvait aussi l'être et que la meilleure façon de se venger d'Andrea et lui était de s'attaquer à la prunelle de leurs yeux, leur fille.

    Non, il ne pouvait pas laisser faire ça. Impossible : cela le rendait fou rien que d'y penser.

    Ce fut donc avec un sourire factice qu'Adam Delaunay entra dans le bureau d'Hortense Rochard : il était temps de passer à la vitesse supérieure.

    Dernière modification par Kae (28 Avril 2017 18:04:15)

  • Kae

    Magicien des lignes

    Hors ligne

    #135 28 Avril 2017 18:03:43

    Bonjour !

    VOICI LA SUITE ! J'espère qu'elle vous plaira !


    2009 – Point de vue d'Andrea
    Je suis enfin sortie du bureau du directeur où j'ai passé je-ne-sais combien de temps à expliquer ce qu'il s'était passé. Ca a été long à cause de mes sanglots, mes spasmes et ma réticence à narrer les moments les plus indiscrets, la façon dont mon libidineux professeur m'avait parlé, touchée avec précipitation au point d'en déchirer ma chemise...

    Il fallait bien être convaincante.



    Et il semblerait que je l'ai été : il n'a pas remis en doute ma version des faits. Après tout, je suis une élève calme (enfin, je n'ai pas eu le temps de faire une démonstration de mon côté colérique, plutôt, nuance), sérieuse, qui a de bonnes notes et un talent inné pour le dessin. Question personnalité, rien à redire. Physiquement, pareil : avec ma chemise à carreaux trop grande, mon pantalon simple, mes bottes, mes cheveux attachés à la va-vite et mon visage au naturel, je n'ai pas vraiment le look d'une aguicheuse, alors que M. Rivière est connu pour être plutôt charmeur, profitant de son physique de beau gosse. Voilà ce qui va signer sa perte et m'apporter une victoire incontestable.

    Il n'aurait pas dû me chercher. Vraiment pas.



    Ca lui apprendra à mieux jouer avec les autres. Après tout ce que j'ai enduré par sa faute, il mérite bien que sa vie soit détruite par une réputation de pervers violeur. Suite à ce qu'il m'a dit sur mon père, je suis passée par plusieurs émotions contradictoires mais toujours violentes.

    En premier lieu, j'ai sérieusement pensé à me faire du mal voire à mettre fin à ma vie pourrie ; dans mes moments de délire, j'imaginais Adam revenir et me faire subir mille tourments : il avait mon meurtre à terminer et quatorze années d'intérêts à me faire subir pour me faire payer d'avoir hurlé lors de sa première tentative. Il ne pouvait laisser impunies quatorze années d'internement.

    Puis je me suis traitée de lâche et de folle. Je n'allais pas me suicider à cause de ce connard de prof et mon taré de père. Non, pas question. Ils n'allaient pas m'enterrer, ce serait plutôt l'inverse.

    Je me suis donc imaginé revenir en cours et sauter à la gorge de M. Rivière pour passer ma rage sur lui et, dans le meilleur des cas, le tuer. Oui, je voulais vraiment mettre fin à sa vie de coureur dégueulasse, j'avais cette violente envie de le voir mort. Puis je me voyais retrouver miraculeusement ce fichu asile où l'autre fou furieux se trouve pour le massacrer à son tour. Et là encore, je me suis reprise et j'ai repoussé ces rêves morbides.

    A cet instant, je me suis vraiment fait peur.
    Penser à la mort ainsi, que ce soit la mienne ou celle de ces hommes que je haïssais...
    C'était très mauvais signe, et je sentais que je glissais vers une pente trop dangereuse si je continuais ainsi.



    La folie me guettait, jamais elle n'avait été si proche de toute ma vie. M. Rivière avait mis un coup dans la fourmilière, il avait détruit mon équilibre mental très précaire. Un peu plus, et je basculais, lui faisant gagner la bataille.

    C'est lorsque j'ai compris ça que je me suis vraiment reprise. Les maigres tentatives de David n'ont eu aucun effet sur moi. Je me suis relevée toute seule.

    Et là, j'ai pensé plus intelligemment. Vengeance il y aurait, oui, sans que j'en sois punie pour autant. Alors mon mauvais caractère, je l'ai bridé, mes rêves sanglants aussi. Je devais être rusée, piéger mon ennemi et le rendre seul responsable de notre confrontation. Je devais en sortir blanche comme neige et lui laisser endosser le rôle du monstre sans que l'on devine qu'au fond, je ne vaux pas mieux que lui. Je devais porter un masque.

    Je pourrais être douée aux échecs si je m'y mettais sérieusement...

    Après plusieurs plans que j'ai retournés dans ma petite tête, pesant le pour et le contre, réfléchissant aux points faibles de M. Rivière, cette idée m'est venue : utiliser sa forte attirance pour les femmes contre lui, l'appâter puis le détruire. En tant que fille, j'avais ce pouvoir sur lui, et je ne m'en suis pas privée. Et cet abruti de pervers est tombé dans le panneau. Maintenant, sa réputation était faite et jamais il ne s'en relèverait. Même s'il n'y a pas eu de témoins de l'attaque, Raphaël et Daniel étant arrivés un peu trop tard, cette histoire va vite faire le tour des étudiants, elle sera déformée, d'autres filles diront qu'avec elles aussi il s'était comporté trop bizarrement (sans dire qu'elles n'étaient pas contre ses œillades grivoises et ses sourires ravageurs), et l'effet boule de neige fera le reste.

    Il est fini, et moi je tiens encore debout.
    Qu'il ne se plaigne pas : j'aurais pu le tuer.
    Quitte à finir en prison ou à l'asile, je l'aurais tué sans hésiter.