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[Salvayre, Lydie] Tout homme est une nuit

 
    • CLia

      Néophyte de la lecture

      Hors ligne

      #1 13 Novembre 2017 21:18:14

      Bonjour à tous!

      J'ouvre cette discussion pour vous parler de ma dernière lecture, Tout homme est une nuit de Lydie Salvayre, paru aux éditions du Seuil le 5 octobre dernier.

      <image>

      Le résumé:

      Des hommes retournent sur d’autres la brutalité d’un ordre dont ils souffrent. Ils s’inventent à peu de frais de commodes ennemis. Certaines frayeurs en eux les agissent.

      Des questions vieilles comme le monde mais d’une brûlante actualité, auxquelles Lydie Salvayre donne ici forme littéraire.

      Un roman, donc, et d’une causticité jubilatoire, où vont se faire face, d’une part : un solitaire, un lettré, un pas-tout-à-fait-pareil, un pas-tout-à-fait-conforme, un homme malade qui a choisi de se retirer dans un lieu de beauté, et de l’autre : les habitants d’un paisible village que l’arrivée de ce nouveau, de cet intrus, bouscule et profondément déconcerte.

      Très vite surgiront, entre l’un et les autres, l’incompréhension et la méfiance, puis les malentendus et les soupçons mauvais, puis les grandes peurs infondées et les violences que sourdement elles sécrètent. Puisque tout homme est une nuit. »

      Mon avis:


      Été 2014, Asas, jeune professeur de français apprend qu’il a un cancer. Il décide alors de tout quitter et de se réfugier dans un petit village apparemment paisible de Provence. « Apparemment paisible » oui car c’était sans compter sur l’étroitesse d’esprit et la bêtise de certains des habitants.

      Ce roman alterne le récit de Asas, et celui des habitants qui se réunissent quotidiennement au Café des Sports, lieu central du village et repaire des habitants. Dès le début, la venue du nouvel arrivant n’est pas perçue d’un bon œil. Sa peau, plus bronzée, sa solitude et les mystères qui planent autour de son arrivée conduisent Marcelin, l’éminent patron du café, Emile, Dédé et les autres à soupçonner et à stigmatiser celui qu’ils considèrent comme différent d’eux.

      Très vite, nous apercevons la bêtise et l’ignorance de ces hommes. Marcelin, le patron, sosie de Trump, est la tête « bien pensante » du village. Ce que dit Marcelin est religion et grand mal à celui qui oserait le contredire. Raciste, misogyne, homophobe, Marcelin traduit sa souffrance par les plus viles opinions. Père d’Augustin, jeune homme raffiné et cultivé, Marcelin ne supporte pas que son fils soit homosexuel et non comme tous les autres fils de ses copains : des stéréotypes d’un idéal masculin selon eux c’est-à-dire un homme fort et aimant la chasse…. Alors, quand Augustin se lie d’amitié avec Asas, le père ne supporte pas cette nouvelle amitié et décide de concentrer toute sa haine sur « l’étranger ».

      Les autres habitués du café ne valent pas mieux. Toutes leurs paroles ne sont qu’un concentré d’absurdités et de haine. Prônant Marine Le Pen, Donald Trump, l’exclusion des étranger, ils ne se rendent même pas compte qu’Asas n’est pas musulman mais d’origine espagnole ! Une situation risible si elle ne témoignait pas d’un profond malaise très actuel dans notre pays.

      A travers ce livre, l’auteure nous questionne sur la situation des étrangers et sur les amalgames si faciles à faire. En opposant le récit de ce jeune homme venu se réfugier dans ce village parce qu’il est malade et le récit de ces brutes, qui ne savent absolument rien de la vie d’Asas, Lydie Salvayre montre à quel point la haine est facile et l’ignorance cruelle. Ces personnes qui ne savent rien et qui passent leur temps à émettre des hypothèses et des scénarii –leur passe-temps favori- détruisent la vie d’une personne qui est réduite à son statut. Ni totalement français, ni totalement étranger, Asas est condamné à demeurer dans cette phase de marge. Le dénouement traduit d’ailleurs parfaitement son destin.

      Je conseille ?

      J’ai beaucoup apprécié ce roman. L’écriture est fine, parfois ironique mais traduit parfaitement deux visions différentes. Lydie Salvayre narre avec subtilité la situation des étrangers et donne la parole à ceux qui ne sont pas comme les autres, ceux qui ne sont pas comme une certaine norme voudrait qu’ils soient. Un roman très actuel et bouleversant.

      Qu'en pensez-vous? Avez-vous lu ce livre ou avez-vous envie de le lire?
    • femmesdelettres

      Casual lecteur

      Hors ligne

      #2 15 Novembre 2017 05:39:44

      Il y avait la semaine dernière une pleine page sur ce livre, dans Le Monde des Livres. J'y ai appris que Salvayre avait reçu la même année l'annonce de son prix Goncourt et de son cancer.
      J'ai vraiment envie de l'essayer, mais comme j'ai déjà lu Pas pleurer de la même autrice, ce n'est pas une priorité...