L’auteur de la semaine: Gaston Leroux
Cette semaine, c’est Minidou qui nous présente un de ses auteurs préférés. Bonne lecture, et si son article vous a plu, n’hésitez pas à aller visiter son blog!
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Né le 6 mai 1868, Gaston Lerou
x est, en 1880, pensionnaire au collège d’Eu, et obtient en 1886 le baccalauréat ès Lettres. Après avoir obtenu une licence en droit et exercé brièvement la profession d’avocat, il se tourne vers le reportage, et commence en 1905, à publier La Double Vie de Théophraste Longuet, le premier d’une série de 15 romans-feuilletons qu’il publiera également dans le journal Le Matin. C’est en 1907 qu’apparaît pour la première fois le personnage de Rouletabille, dans Le Mystère de la Chambre Jaune, qui rencontre un franc succès. Il publiera par la suite, parmi tant d’autres, des Å“uvres telles que Le Fantôme de L’Opéra (1910), Balaoo (1911) ou encore Chéri-Bibi (1913).
En tant que journaliste, Gaston Leroux affectionne, en tout cas dans pas mal de romans que j’ai pu lire, de se poser simplement en tant que chroniqueur d’une histoire vraie, témoignages, preuves, enquête à l’appui, aussi invraisemblable que puisse être le récit (c’est le cas dans Le Fantôme de l’Opéra ou La Double Vie de Théophraste Longuet par exemple). Il affectionne particulièrement les changements de narrateur, n’hésitant pas à insérer des extraits de journaux, de lettres ou autres mémoires de personnages pour multiplier les points de vue. Il a d’ailleurs la petite manie de semer ses textes des passages en italique, parfois des mots isolés, parfois des pans de phrases entiers… on se demande souvent pourquoi tel passage est ainsi mis en évidence et souvent on ne le comprend que par la suite. Des signaux de ce genre parsèment tout le texte, pour peu que l’on y prête attention et c’est ce qui rend, selon moi, la lecture de Leroux si vivante et agréable, malgré son style un peu daté (ce qui fait partie de son charme, cela dit.)

Parmi ses Å“uvres, je retiens surtout la série des Rouletabille, dont le roman le plus connu est en général le premier, Le Mystère de la Chambre Jaune, un véritable trésor de roman policier, avec son mystère inextricable, à la limite du fantastique (même si tout finit par s’expliquer de façon parfaitement rationnelle). Leroux met littéralement, et sans en avoir l’air, toutes les clés entre les mains du lecteur pour qu’il puisse parvenir aux même conclusions que le jeune Rouletabille, mais il le fait de façon tellement subtile (les fameuses phrases en italiques, ou des remarques énigmatiques lancées par le héros, ou encore une simple mention anodine au détour d’une phrase qui s’avère en réalité capitale) qu’il est assez difficile de voir venir le dénouement et la résolution de l’intrigue, en tout cas dans son intégralité.
Rouletabille est d’ailleurs un personnage vraiment sympathique, une adorable tête à gifles, un jeune surdoué à la pensée extraordinaire, que l’on voit évoluer d’un livre à l’autre sur l’ensemble des 8 romans que compte la série. Peu à peu, même si l’on reste toujours dans le cadre d’une intrigue policière, Leroux glisse vers le roman d’aventure, mettant à profit le métier de son héros (reporter, tout comme lui) pour le faire voyager dans des pays divers et variés, de la Russie à la Turquie en passant par l’Allemagne ou la Bulgarie. Ce qui n’est pas sans rappeler un certain autre reporter à houppette que chacun connaît…
Citation :
« La pensée de cet enfant était une des choses les plus curieuses que j’avais jamais eu à observer. Rouletabille se promenait dans la vie avec cette pensée sans se douter de l’étonnement -disons le mot- de l’ahurissement qu’il rencontrait sur son chemin. […] De même un individu qui ne se doute point de sa mise excentrique est-il tout à fait à son aise, quel que soit le milieu qu’il traverse. C’est donc avec une simplicité naturelle que cet enfant, irresponsable de son cerveau super-naturel, exprimait des choses formidables par leur logique raccourcie, tellement raccourcie que nous n’en pouvions, nous autres, comprendre la forme qu’autant qu’à nos yeux émerveillés, il voulait bien la détendre et la présenter de face, dans sa position normale. »
Gaston Leroux, Le Mystère de la Chambre Jaune, 1907
Bref, ce que j’apprécie chez cet auteur, c’est sa capacité à mélanger les genres et les registres, glissant du policier à l’aventure, souvent sur fond historique, versant parfois dans le fantastique pur, voire un brin malsain, et mêlant de l’humour noir, ou des textes au lyrisme pathétique à des passages narratifs plus morcelés et haletants. Je trouve qu’il a un certain talent pour faire ressentir les émotions, rendre le rythme d’un récit à travers sa manière de le retranscrire, littéralement donner un souffle à ce qu’il raconte, et c’est ce qui fait que j’ai vraiment eu un coup de foudre à la découverte de cet auteur.



