Book Club Graphique - Les carnets de Cerise

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Catégorie : Le coin de Delphine.B

Dix-sept ans de Ava Dellaira

Dix-sept ans est un roman dont le titre ne peut qu’éveiller une cascade de souvenirs en chacun de nous, doté d’une couverture flamboyante – couleurs vives, gracieux colibris, et une héroïne belle et rêveuse. Tous les ingrédients sont réunis pour nous donner envie de s’y plonger. J’ai pu lire ce livre en partenariat avec les éditions Michel Lafon, que je remercie encore chaleureusement !

Alla Dellaira s’était déjà faite remarquer avec son roman Love letters for the dead, très original puisqu’une adolescente y écrit des missives à toutes ses idoles disparues, comme Kurt Cobain  ou Janis Joplin.

Ici, l’auteur change de registre. Nous allons suivre les destins entremêlés d’une mère (Marilyn) et de sa fille (Angela), ainsi que leurs histoires d’amours respectives. Mais ne vous laissez pas abuser par les palmiers de la couverture et par la fraîcheur qui se dégage de celle-ci. Dix-sept ans n’est pas vraiment un roman léger. Vous y trouverez bien des descriptions de premières amours, la saveur des premiers baisers, les questionnements et battements de cœur des premiers émois, mais pas seulement. Il y a beaucoup plus dans l’implicite, dans le besoin de connaissance ressenti par la jeune femme.

Angie est le fruit d’un amour passionné. Mais voilà, son père est décédé, et elle commence à s’interroger sur la vie qu’il a menée, et sur les circonstances de sa mort. Elle va mener l’enquête avec son ami / petit ami, Sam, pour revenir au plus près de ce passé qu’elle n’a jamais connu.  Elle est en train de devenir adulte, et pour pouvoir se construire, elle a besoin d’en savoir plus sur ses origines. Elle n’a jamais été témoin de la relation flamboyante qui a uni ses parents, elle ne peut qu’imaginer.

Le ton est parfois grave, et pour cause : les thèmes du deuil et de la construction de soi sont au cœur du récit. Angie est une jeune femme métisse, et ses recherches vont même donner lieu à une réflexion politique (elle ne sera pas livrée en ces pages, mais incitera le lecteur à la réflexion… ).

J’ai vraiment beaucoup aimé ce livre. A mes yeux, il traverse avec simplicité et efficacité les évènements les plus riches et les plus marquants de l’existence : l’amour (notamment le premier amour), la mort, le deuil, les origines, la nécessité de grandir. Il montre comment, génération après génération, nous continuons à tomber follement, désespérément amoureux ; comment une passion telle que celle qui a uni Marilyn et James peut changer des vies à jamais, continuer à vous hanter à travers les décennies. C’est ce qui fait sa beauté tragique.

Bref, je ne peux que vous recommander cette lecture chaudement. J’ai passé un excellent moment à tenter de comprendre ce qui s’était passé. Le récit vous tiendra en haleine tout en vous permettant de vous évader dans la chaleur de la Californie.


Notre Dame de la mer de Rozenn Illiano

Ces derniers temps, les caprices de la météo nous donnent envie de nous réfugier dans des histoires de tempêtes, ou bien des histoires de fantômes, dans lesquelles on peut se sentir en danger pour de faux (ou bien c’est seulement moi ?)

J’ai eu la chance de lire Notre-Dame de la Mer, qui m’a gentiment été donné à lire en partenariat par l’auteur, Rozenn Illiano. Encore un grand merci à elle !

Je me suis régalée avec cette lecture ! Il s’agit d’une histoire brève, mais intense. Pour ceux qui en sont familiers comme pour ceux qui le découvrent, l’univers mystérieux et folklorique de la Bretagne est ici un vrai régal. Ellig est confrontée à la Morgane, une créature des mers qui peut lancer de douloureuses malédictions et cherche à entrer en contact avec elle…

De retour dans sa maison d’enfance, Ellig est hantée par les jours heureux coulés entre ces murs. Elle se remémore avec un pincement au cœur la relation privilégiée qu’elle entretenait avec son Grand-père, qui réside à présent dans sa dernière demeure. Maintenant, c’est au tour de sa Grand-Mère de se retrouver hospitalisée, pour une banale chute qui ne manque pas d’inquiéter malgré tout la jeune femme. La jeune femme se sent donc émotionnellement fragilisée, et devient d’autant plus réceptive à tous les évènements étranges des environs. L’étrangeté envahit lentement les pages du roman.

Dans le village, chacun à sa petite histoire à raconter. On se laisse emporter par les différents récits qui sont rapportés. Ce sont divers points de vue qui seront donnés à entendre au gré des chapitres, ce qui donne une certaine fraîcheur au récit et relance constamment l’intérêt du lecteur.

J’ai beaucoup aimé ce voyage en Bretagne, l’ambiance des tempêtes, la sauvagerie de l’océan, les légendes locales. Le contexte fait rêver et donne envie de se rendre réellement au cœur des contrées bretonnes, ou de dévorer tous les livres de légendes existants.

La fin conclut vraiment le récit en beauté ; la seule complainte que je peux émettre sur cette histoire est qu’elle n’ait pas duré davantage. Ce fut vraiment une très belle lecture, et je lirai avec plaisir les autres romans de cette auteure !


Les garçons de l’été de Rebecca Lighieri

J’ai eu la chance de lire en avant-première Les garçons de l’été[, livre reçu en partenariat ; pour cela je remercie de tout cœur les éditions Folio ! J’ai tellement adoré ce livre que je pense le recommander et l’offrir à un maximum de personnes ! Ce qui avait attiré mon attention était, sur le quatrième de couverture, la mention « du Stephen King, le lyrisme en plus ». Une promesse des plus alléchantes ; mais malgré cela, je ne m’attendais pas à recevoir une telle claque. L’écriture est incroyable, l’histoire est démente, les personnages hypnotiques. C’était parfait.

J’attendais pourtant beaucoup de cette lecture, ayant appris un peu par hasard que Rebecca Lighieri était un pseudonyme d’Emmanuelle Bayamack-Tam, que je tenais déjà en très haute estime après avoir lu Je viens. Mais cette fois, elle frappe encore plus fort. A la qualité d’écriture s’ajoute une histoire terrible, dramatique au dernier degré (croyez-moi, je suis une habituée).

On ne peut qu’être subjugué par ce roman, qui touche à mes yeux à la grâce, à la virtuosité d’écriture la plus écrasante,  au grandiose. Pour ceux qui ont lu Jours barbares, vous retrouverez dans cette œuvre de fiction l’univers du surf et ses codes, ses lieux, son vocabulaire. Là où William Finnegan évoquait les dangers de noyade pour ne finalement retenir que l’ivresse ressentie debout sur la vague, il n’y a ici aucun affect pour enjoliver la réalité, ni pour la rendre plus glamour. Un blessé ou un mort sera décrit dans toute sa réalité brute, violente, sordide.

Et puis, craindre d’être dévoré par un requin, c’est quand même bien plus atroce que la menace d’une mauvaise vague, qui reste au demeurant bien plus gérable, dans le sens où on peut éventuellement l’anticiper, même l’encaisser… Sans oublier que la peur du requin, c’est une terreur pure, enracinée dans nos esprits aussi fort que dans la culture populaire, depuis que Les dents de la mer a été porté à l’écran –oui, avant, c’était un roman seulement, mais je m’éloigne du sujet.

Ici, le thème de la dévoration n’est pas l’essentiel – quoique ? Dans un sens métaphorique peut-être ?. L’être le plus dangereux, le plus taré, le plus terrifiant, n’est pas automatiquement celui qui est doté des dents les plus acérées.

La déconstruction de la famille idéale incarnée au début du récit par les Chastaing est d’une intelligence et d’une férocité redoutables. Lentement mais sûrement, la famille de rêve se déconstruit. On gratte sous le vernis et pour certains, ce qui se cache en-dessous est juste abject. La réinvention d’un grand thème biblique – que je ne nommerai point pour garder la surprise intacte- est traitée avec une grande intelligence, une grande acuité, et surtout une grande cruauté.

Le destin tragique d’un personnage en particulier –dont une fois encore, je m’abstiendrai de révéler le nom- m’a brisé le cœur. Je n’ai rien vu venir, je ne pouvais pas le croire ; je me suis sentie aussi triste que si j’avais personnellement été trahie par l’auteur !  A partir du moment de climax où l’horreur se répand pour tout contaminer, j’ai eu l’impression de passer le reste de ma lecture hébétée, ou plutôt hypnotisée ; en tous cas, complètement sous le choc.

Les travers humains les plus répugnants sont pointés du doigt : l’égoïsme, la lâcheté, la mauvaise foi, le sadisme ; jusqu’à l’indicible, jusqu’à la haine la plus totale, la plus déliée, la plus mortifère.

Il était par moments déstabilisant de pouvoir comprendre aussi bien le raisonnement du personnage le plus monstrueux, notamment lors de sa critique acide de l’éducation qu’il a reçue, aussi bien venant de la famille que de l’école, voire de la société. Après tout,  l’apprentissage d’un système de valeurs basé sur la récompense ou la réprimande forme les esprits d’une certaine manière, ne nous poussant pas à l’empathie mais plutôt à l’amour de soi en illimité, envers et contre tout. Prendre goût à l’esprit de concurrence peut mener aux sommets les plus démentiels…

La référence à Stephen King dans la dernière partie du livre m’a paru également très plaisante, bien amenée et bien effrayante à sa façon ! Je suis certaine que le maître de l’horreur serait totalement séduit par ce magnifique roman, s’il avait la chance d’en lire une traduction dans la langue de Shakespeare !

C’est un énorme coup de cœur. Planter le décor dans un environnement paradisiaque et instaurer la terreur, c’était un défi de taille, et Rebecca Lighieri l’a relevé haut la main. Je recommanderais la lecture de ce roman sans hésiter. C’est un vrai page-turner, un roman glaçant, et bien plus encore. Sérieusement, il a hanté mes nuits. Un grand merci également à l’auteur, dont le talent continue à me surprendre à chaque nouvelle lecture. C’est un travail époustouflant. J’ai déjà hâte de lire son prochain roman. Bravo.


Bienvenue à Piptarquie de Pathilia Aprahamian

La saga jeunesse de Pathilia Aprahamian avait attiré mon attention à la sortie du troisième tome ; c’est donc avec plaisir que j’ai reçu le 4eme, Bienvenue à Piptarquie. Je remercie chaudement les éditions Evidence de m’avoir envoyé l’e-book – ainsi que les précédents ! L’équipe a eu la gentillesse de mettre à ma disposition l’ensemble des volumes. Merci encore !

Dans  les tomes précédents, Aria se promenait au sein de mondes imaginaires qu’elle voyait en rêve. C’est ainsi qu’elle s’est rendue dans la forêt de Vishap. Cette fois, nous faisons la connaissance de trois jeunes sorcières (Mary, Anne et Abigaël) qui décident de se rendre dans le monde des humains. De jeune fille novice en magie, Aria devient ici le guide, celle qui dispense les connaissances, celle auprès de qui on vient chercher conseil pour naviguer entre deux mondes – entre Piptarquie et celui des Hommes.  Elle n’est plus simple élève, mais représente ici la sagesse et la raison. Grâce aux trois exploratrices, on apprend ce qu’est un Vishap, ainsi que des informations sur les voyages entre les mondes.

Cet épisode innove, comparativement aux précédents, puisque le point de vue change. Il est rafraîchissant de découvrir de nouveaux personnages (et un nouveau lieu). L’histoire est distrayante et agréable, même si j’ai été surprise de ne pas y trouver de plus amples développements au sujet du scarabée bleu (évoqué dans le tome précédent). Le trio de sorcières est sympathique, mais le plaisir de lecture aurait été plus grand encore si on pouvait les connaître plus en détails. De manière générale, j’aurais aimé que chaque tome soit plus long et étoffé. A mon sens, en effet chaque histoire est trop brève : on a tout juste le temps de s’accoutumer à l’univers d’Aria et d’entrer dans le récit que celui-ci touche déjà à sa fin. Aria et ses acolytes mériteraient davantage de chapitres ! Hormis cela, rien à dire, ce sont de très mignonnes historiettes pour enfants !


L’Insouciance de Karine Tuil

Il est rare de faire une lecture qui nous pousse vraiment à réfléchir longtemps après l’avoir terminée, à remettre en cause nos certitudes, à réaliser que certaines vérités étaient sous nos yeux sans que nous ne les remarquions. L’insouciance fait partie de ces lectures-là. Je ne connaissais pas Karine Tuil, je suis ravie d’avoir découvert son travail. J’ai eu la chance de lire ce texte en partenariat ; pour cela un grand merci encore aux éditions Folio.

Ce roman n’est pas d’un accès des plus faciles. Le texte est riche, les personnages nombreux, et la narration ne reste jamais en surface. On y trouve des analyses fines et justes de rouages politiques, d’engrenages stratégiques, et de psychologies particulières. Il aborde un thème difficile avec la guerre en Afghanistan, et ses répercussions pour les hommes qui y survivent, telles que les amputations, les mutilations, sans oublier les sévères troubles psychologiques.

Karine Tuil porte un regard acéré sur les politiques, les hautes sphères du pouvoir. Elle nous dépeint un mode de vie totalement vicié dans lequel on fait – par exemple – mine de s’horrifier de la déchéance d’un collègue pour se consoler deux minutes après en se délectant d’un plat de restaurant étoilé. La manipulation et les jeux d’intérêt sont le pain quotidien de tous les personnages haut placés.

L’égoïsme, l’opportunisme, le cynisme ne sauraient être départagés tant ils s’illustrent ici. L’insouciance dont il est question, c’est à mon sens en premier lieu celle de François Vély, ne doutant jamais de rien, sûr de ses qualités et de sa position. Ivre de son propre statut, habitué à son existence bien rangée dans les milieux les plus privilégiés, il croit avoir tous les droits et n’a aucune notion de la portée de ses actes.

Le couple est aussi passé au crible du regard critique de l’auteur. Dévastateur, enchanteur ou bien en perte de vitesse, il génère aussi bien l’exaltation que le désespoir. Le personnage de l’épouse, incarné en premier lieu par Marion, puis par Sonia, met en lumière le rôle des compagnes des hommes puissants, à l’américaine. Un homme qui veut réussir est un homme qui tient une belle femme à son bras, qu’il lui porte par ailleurs des sentiments sincères ou non.

Le déplacement en Irak sera décisif, et d’une façon inattendue. La scène la plus violente du livre, qui précède la fin de l’insouciance, a été un vrai choc pour moi.

Que la désinvolture et l’égocentrisme mérite un châtiment, soit. Mais ici, il est poussé vraiment très loin. La violence et la barbarie des meurtres perpétrés paraissent en même temps prévisibles  et incroyables, parce que se reproduisant au sein de notre époque moderne.

L’insouciance perdue, ce n’est finalement pas uniquement celle de l’homme qui participe à une séance photo aux choix artistiques malheureux, ni celle des survivants des interventions armées. C’est la nôtre, à tous, après les attentats du Bataclan, après l’attaque niçoise. Elle réside dans l’impossibilité à manger en terrasse, prendre le train, aller à un concert, sans se demander : et si des tueurs faisaient intrusion ? Serais-je assez rapide à me jeter à terre ?

Et l’auteur persiste, comme pour inciter le lecteur à ne jamais renoncer : en amour ou dans tout autre domaine, il ne faut pas fuir les risques. Si tout s’écroule, tant pis. Mais il faut bien vivre, il faut bien avancer. Malgré le pessimisme de nombreux passages, il me semble que l’œuvre se termine sur une note de renouveau et d’espoir.

C’est assurément un très grand roman qu’a signé cette fois Karine Tuil. Pour ne rien gâcher, la plume est remarquable, l’écriture recherchée. A lire absolument.

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