[suivi lecture]Augustine Barthelemy

 
    • Augustine Barthelemy

      Baby lecteur

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      #1 02 Février 2018 13:59:00

      Bonjour,

      Après moult hésitations et tergiversations, j'ai enfin décidé qu'il était temps de faire un suivi lecture. Je pense que celui-ci prendra la forme d'une revue mensuelle de tous les livres que j'aurai lus dans le mois écoulé, ce qui me laissera le temps de digérer mes lectures et d'avoir un avis plus réfléchi qu'un simple commentaire à chaud. Ceci dit, il est peu probable que mon avis change du tout au tout d'un mois à l'autre, sauf grosse surprise (nous ne sommes jamais à l'abri). Le suivi me permettra en outre de pouvoir développer les commentaires (si nécessaire), forcément limités par les 400 caractères requis.

      Sans plus attendre, voici la review du mois de janvier, qui compte 10 livres.



      Les rapines du Duc de Guise, Jean d'Aillon


      J'ai une particularité, je me suis spécialisé, dans mes études de lettres, dans l'histoire littéraire du seizième siècle. C'est donc avec plaisir que j'ai retrouvé cette période, celle que l'on nomme l'automne de la Renaissance, avec cette intrigue qui se noue autour de la Guerre des trois Henri, qui voyait s'opposer Henri de Guise, Henri de Navarre et Henri III, avec pour enjeu rien de moins que le trône de France, et le successeur d'Henri III, sans descendance. C'est un bon roman policier, qui prend le temps de s'arrêter pour expliquer les événements de cette période troublée. J'ai notamment apprécié que l'intrigue policière, inventée de toute part par l'auteur, s'inscrive dans un fait historique authentique : le détournement des tailles au profit du Duc de Guise, soucieux de financer sa guerre contre Henri III. L'auteur n'édulcore pas non plus la violence propre à l'époque, et le spectre de la guerre civile et religieuse plane comme une menace diffuse.


      Puzzle, Frank Thilliez


      Le thriller n'est pas un genre dont j'ai l'habitude. malgré un début un peu long à se mettre en place, il se lit très rapidement quand tout s'enclenche. Néanmoins, le décor de l'asile psychiatrique abandonné est un peu cliché et facile dans le sens où il est forcément véhicule, chez le lecteur, d'angoisse, au même titre que peut l'être la forêt. Il a le défaut également d'être un peu trop inspiré par Shutter Island, ce qui enlève la surprise du twist final. Mais dans l'ensemble, j'ai passé un moment agréable, même s'il ne me marquera pas sur le long terme.


      Le mystère Jérôme Bosch, Peter Dempf


      Le Jardin des délices est une œuvre mystérieuse que l'auteur se propose d'interpréter de façon audacieuse. Découpant son intrigue sur deux époques, ce qui dynamise grandement le roman, celle de la création du tableau, dans le décor d'un Bois le Duc en prise avec l'Inquisition et notre époque où un moine a tenté d'abîmer le tableau pour éviter que l'on ne découvre le secret que le peintre y aurait caché en y incluant de nombreux symboles. Ici, pas de grand secret qui pourrait détruire le monde ou révéler un grand complot mondial (oui, je vise Dan Brown) mais une idée simple et révolutionnaire en soi.
      Pour les curieux qui aimeraient en savoir plus sur Jérôme Bosch, je ne saurais que trop recommander l'ouvrage éponyme de Stefan Fischer.


      La porte, Magda Szabo


      C'est le roman d'une amitié qui se tisse lentement entre la narratrice, écrivaine, double de l'auteure, et sa femme de ménage Emerence, force de la nature qui s'occupe de tout un quartier et qui a la particularité de ne faire entrer personne chez elle. Derrière cette porte close, c'est la volonté farouche de protéger son intimité qui s'exprime, l'idée que seul celui qui en est digne pourra y pénétrer. Mais cette relation m'a déstabilisée, elle est déséquilibrée et je ne peux m'empêcher de la trouver « malsaine ». Moins qu'une réelle amitié, se noue un lien de dépendance entre ces deux personnes de classe sociale différente, qui cherchent plus à s'apprivoiser, se dominer qu'à se comprendre ; en somme, je n'ai pu m'empêcher d'y voir un bout d'Hegel et de sa fameuse dialectique du maître et de l'esclave.

      La disparition de Josef Mengele, Olivier Guez


      Lauréat du Renaudot de cette année, c'est un très bon récit romancé qui nous est offert. Je me suis dirigée vers cet ouvrage pour la figure de Josef Mengele, qui m'a personnellement toujours rebuté et qui représente pour moi l'image la plus perturbante du nazisme : le dévoiement de la science, la connaissance et la culture au profit de l'inhumanité (l'exact inverse de la représentation que j'en ai). Et une fois encore, on découvre toujours la même histoire, celle d'un homme veule, apeuré et fuyant, recroquevillé sur son passé et dont le sentiment de toute-puissance ne venait que d'une impunité passagère. En bref, on contemple la banalité du mal.


      Le Mal dans la peau, Gabriel Báñez


      Après la médiocrité de Mengele, je me suis frottée à celle de Damien Daussen, qui a au moins pour lui le mérite d'être imaginaire. C'est une plongée vertigineuse dans le vide et l'abysse que cette lecture qui nous offre le portrait banal mais dérangeant d'un antisémite, hébéphile, tendance violeur, tour à tour bourreau puis victime jouissante. Il n'y a dans ce court récit aucune rédemption pour l'espèce humaine, perçue uniquement sous l'angle de la prédation. En filigrane, on a un aperçu de la situation politique de l'Argentine et de sa dictature, hélas trop rapide pour moi, qui ne connaît que très peu l'histoire de l'Amérique du Sud.


      Captive, Margaret Atwood


      Je voulais depuis un moment lire un ouvrage de cette auteure mais, par esprit de contradiction, je ne désirais pas commencer par La Servante écarlate. Je suis un peu déçue par cette lecture à cause de la réputation féministe de l'autrice : je m'attendais à une prise de position, un peu à l'exemple de Ph. Jaenada avec La petite femelle. Captive met en scène une véritable affaire judiciaire dans le Canada du XIXe siècle. Grace Marks est accusée et condamnée à perpétuité pour le meurtre de son employeur et de sa femme de charge, sa culpabilité étant évidemment en cause, la question étant de savoir si l'on ne l'a pas jugée trop sévèrement parce qu'elle est femme, si on n'est pas passé à côté de sa folie etc...Cependant, de la façon dont nous sont rapportés les faits, il ne fait aucun doute pour moi qu'elle est coupable, quant à sa folie, je n'y crois pas, n'y voyant là qu'une manipulation (accentuée par le fait que le récit des faits nous est rapporté par Grace elle-même).
      Donc une déception qui vient d'une attente non comblée. Malgré tout, ça reste très intéressant à lire.


      L'Ordre du jour, Eric Vuillard


      Ce récit est aussi bref que l'Anschulss fut rapide. Il met en évidence une réalité que l'on oublie parfois trop rapidement -et qui nous rend négligent- : que le politique a nécessairement besoin du soutien du pouvoir économique pour être viable. Hitler est aussi rendu possible par le soutien des industriels, soit par adhésion intellectuelle soit par l'attrait du profit qu'ils en tireront (ou les deux, l'un n'excluant pas l'autre). L'ironie veut que juridiquement parlant, une industrie soit une "personne morale".


      Le Bouc émissaire, Daphné du Maurier


      Daphné du Maurier s'empare avec brio du thème du double. John, historien anglais, sans attache et sans nom de famille, rencontre par hasard son double parfait Jean, qui s'enfuit au matin et lui abandonne son identité et sa famille. L'auteure tisse une toile qui nous parle de rédemption, du bien et du mal et de la fine ligne qui les sépare. Plusieurs fois, le récit m'a rappelé une nouvelle d'Edgar Allan Poe, "William Williamson".


      L'Affaire Mayerling, Bernard Quiriny.


      Mélange audacieux de thriller surnaturel, de droit immobilier et de littérature (le texte ne cache pas ses sources entre Topor, Aymé, Ballard ou Perec), l'auteur peint avec une ironie mordante une satire urbaine et sociale sur la désincarnation des villes et la perte du tissu social, noyé dans la toile urbaine.



      En voila assez sur mes lectures de janvier.Pour le mois de février, j'envisage de lire : Britannicus de Racine (ça ne fait jamais de mal de lire ou relire ses classiques); Dans le miroir du Caravage de Francesco Fioretti; "Oiseaux, bêtes et grandes personnes", tome 2 de la trilogie de Corfou par Gerald Durell; Le fils du héros de Karla Suarez et "Le Roi de Fer", premier tome de la saga des Rois maudits de Maurice Druon. Evidemment, je me réserve tous les droits de modifier cette liste et de changer allégrement d'avis.

      Dernière modification par Augustine Barthelemy (02 Février 2018 16:23:22)

    • Mirmont

      A la découverte des livres

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      #2 02 Février 2018 15:53:43

      Merci pour ce suivi de vos lectures et vos commentaires concis et intéressants. Je le suivrai avec plaisir et intérêt. Avec une bonne part de curiosité également : beaucoup d'auteurs qui me sont mal connus, si ce n'est par les échos médiatiques.
    • Augustine Barthelemy

      Baby lecteur

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      #3 02 Mars 2018 14:46:09

      Bonjour, le mois de février s'étant terminé sur 14 livres, c'est parti pour une review qui sera en plusieurs parties, j'ai la flemme de faire les quatorze en une seule fois.

      Un moindre mal, Joe Flanagan


      Cap cod, fin des années 50, une petite ville du Massachusetts est secoué par des meurtres d'enfants. L'auteur propose ici un polar noir efficace, à l'atmosphère pesante et l'ambiance lourde. Les personnages sont bien campés et l'intrigue prend le temps de se nouer et de s'étoffer autour de la corruption et de paris illégaux. Mais le tout est un peu gâché par une traduction inégale, à moins que ce ne soit un manque de relecture : certaines phrases n'ont que peu de sens, certains mots sont manquants. C'est peut-être un brin stupide, mais ce genre de détails a tendance à me sortir instantanément de ma lecture.


      Britannicus, Jean Racine


      J'ai toujours préféré les pièces de Corneille, plus tournées vers l'action, influencées directement par les comedias espagnoles alors en plein âge d'or. J'avais une vision très statique de Racine, beaucoup trop tourné sur l'exploration des sentiments, trop "précieux" en quelque sorte. C'est donc avec une légère appréhension que j'ai entamé Britannicus.
      Première pièce romaine de Racine, j'ai été happée par la confrontation entre deux monstres politiques, et dont l'ascension du premier, Néron, entraîne l'inévitable chute du second, Agrippine.  En revanche, je suis plus circonspecte en ce qui concerne les personnages de Junie et Britannicus. Il fallait introduire un enjeu amoureux à la pièce, suivant l'exemple des pièces cornéliennes où amour et politique sont étroitement liés. Cet enjeu amoureux (Junie et Britannicus s'aiment mais Néron tombe amoureux de Junie) est l'élément déclencheur qui fait basculer irrémédiablement Néron dans la folie meurtrière, il est aussi l'acmé de la confrontation entre l'empereur et sa mère. Mais Britannicus m'a paru bien pâle et falot devant la splendeur cruelle de Néron, il a la détermination d'une cuillère à café, et ne paraît pas particulièrement affecté par le fait que son demi-frère se soit emparé de l'empire, juste résigné. Il est évidemment le héros, l'innocent sacrifié digne d'éveiller la pitié du spectateur, tandis que Néron, lui, est propre à éveiller l'horreur (catharsis obligatoire et attendue de toute tragédie classique).


      Andromaque, Jean Racine


      Tragédie de la passion dans laquelle Oreste aime Hermione qui aime Pyrrhus qui aime Andromaque qui elle, n'aime que son fils Astyanax, et par devers lui, son mari Hector. L'amour de chacun est absolu, mais la réciprocité absolument impossible. La pièce offre deux personnages féminins antagonistes sublimes, Andromaque et Hermione.
      D'un côté, Andromaque, veuve inconsolable, emmenée comme esclave après le sac de Troie, reste constante dans le rejet de l'amour que Pyrrhus, fils d'Achille, assassin d'Hector, lui porte. Jusqu'au jour où les grecs, apprenant la survie d'Astyanax et craignant qu'il ne fonde une nouvelle Troie, réclament sa tête. Elle se résigne alors, pour protéger son fils, à épouser Pyrrhus, qui s'engage à le considérer comme son fils, et, par fidélité à Hector, à se suicider après son couronnement. De l'autre, Hermione, fille de Ménélas et d'Hélène, humiliée, rejetée, follement jalouse d'Andromaque et de l'amour que lui porte celui qu'elle aime. Elle arme le bras d'Oreste contre Pyrrhus pour venger son humiliation, son amour bafoué en échange de la promesse de repartir en Grèce avec lui. Puis, apprenant l'assassinat de ce dernier, se suicide sur le corps de son amant, non sans avoir violemment rejeté Oreste, le renvoyant à son geste (geste qu'il est d'ailleurs le seul à ne pas avoir accompli). C'est donc deux visions de l'amour et de la passion qui s'affrontent et, au bout, une Andromaque triomphante, à la vertu récompensée.


      Dans le miroir du Caravage, Francesco Fioretti


      Roman "policier" dans lequel on suit le maître du clair-obscur, dans le secret de son atelier et l'intimité de son esprit, et où l'on découvre les secrets et les Idées (subversives au regard de la peinture académique de Rome, et d'un de ses représentants, très présent dans le roman, Giovanni Baglione) cachés derrière ses œuvres les plus impressionnantes. Caravage, sombre, mélancolique, violent, qui a pour ambition de sculpter l'obscurité pour faire éclater la lumière. C'est aussi une magnifique plongée dans la Rome baroque, où l'on croise des personnages de l'époque, reconstituant ainsi l'atmosphère particulière d'une ville dominée par les luttes de pouvoir au sein du Vatican (on croise notamment les mécènes du Caravage, principalement le marquis Giustiniani et le cardinal Del Monte, mais aussi des personnages moins scrupuleux, tel que Scipion Borghèse, tristement célèbre pour avoir construit sa collection d'art par le chantage ou la spoliation des artistes ou des collectionneurs -coucou au Chevalier d'Arpin).

      Dernière modification par Augustine Barthelemy (02 Mars 2018 14:47:50)

    • Augustine Barthelemy

      Baby lecteur

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      #4 03 Mars 2018 13:20:36

      On poursuit :

      Le Voyageur sans bagage suivi de Le Bal des voleurs, Jean Anouilh


      Ce sont deux pièces "noires" qui sont réunies dans ce recueil. Le voyageur sans bagage aborde le thème de l'identité, du destin et du libre-arbitre. Gaston, un soldat de la première guerre mondiale, a été retrouvé amnésique à la fin du conflit. Depuis, il vit dans un asile. Une duchesse toquée, tante du psychiatre qui suit Gaston, se met en tête de lui retrouver sa véritable famille. Pour se faire, elle lui fait visiter les différentes familles qui croient reconnaître en Gaston leur fils disparu. Dès le départ, Gaston est seul et hors du temps puisqu'il vit sans passé et n'a pas d'avenir autre que celui de son asile, mais il est aussi le seul personnage a ne pas être déterminé par son passé : il peut devenir qui il veut bien qu'il ne soit rien ni personne.  Quand il "intègre" la famille Renaud qui reconnait en lui Jacques, il se découvre brutalement une personnalité violent : noceur, tortionnaire d'animaux, amant de la femme de son frère, voleur et violeur, ayant même tenté d'assassiner son meilleur ami. Et il se découvre enfin déterminé par les autres qui lui ont construit son passé : une mère incapable d'aimer, un frère faible, son amante perverse et un père décédé dans sa petite enfance, et veulent le forcer à l'endosser à nouveau. Gaston le refuse malgré la preuve physique qu'on lui apporte. Mais dans ce refus, n'est-il pas pleinement le Jacques cruel qu'il ne veut pas être ? La solution interviendra par un deus ex machina (procédé que je n'apprécie pas follement mais soit) qui revêt la forme d'un jeune enfant, qui se déclare comme étant son oncle. Comme Gaston, il n'a pas de famille et ne connaît pas non plus son oncle : Gaston pourra donc être qui il veut en partant avec lui. Mais ce petit garçon existe-t-il ?
      La seconde, Le Bal des voleurs, ressuscite la comédie-ballet chère à Molière, d'un aspect plus léger, mais teintée de pessimisme. Lady Hurf, une vieille dame aisée vit à Vichy avec ses deux nièces, Eva et Juliette. Ces dernières vont rencontrer trois voleurs, Peterbono, Hector et Gustave. Eva est attirée par Hector tandis que sa soeur tombe amoureuse de Gustave. Le trio de voleurs se fait passer pour des Grands d'Espagne auprès des jeunes filles, mais Lady Hurf comprend qu'il s'agit en réalité d'une bande de voleurs. Très vite, Juliette découvre à son tour la supercherie de son bienaimé, mais décide contre toute attente de le suivre dans ses aventures. C'est une pièce où chacun est la dupe de l'autre, où les masques et les identités s'échangent, en quête de ce que l'on a perdu ou jamais été.


      Les Singes de Dieu, Patrick Wald Lasowski


      C'est un court roman qui retrace, par le biais des mémoires d'un moine Pierre Tison, l'aventure des Seize, des prédicateurs particulièrement actifs dans le Paris de la fin du seizième siècle, soutien des Guise, voulant la chute d'Henri III et la mort de Henri de Navarre, tous deux perçus comme des hérétiques (Navarre est protestant, et le roi a l'horrible défaut de vouloir la paix avec les protestants). Le roman met en exergue une phrase de Jean Bodin "C'est donc un couteau fort dangereux en la main d'un furieux homme, que l'éloquence en la bouche d'un harangueur mutin" et rappelle ainsi que la parole est une arme que l'on peut mettre au service du pire, en attisant la peur et la haine, en entretenant l'intolérance, ici religieuse, d'un peuple apeuré. Derrière les intentions "pieuses" des prédicateurs, apparait la tentation d'un état théocratique qui mettrait le pouvoir entre leurs mains.


      Le Fils du héros, Karla Suarez


      J'ai eu beaucoup de mal avec ce roman. Le livre est appréciable pour le morceau d'histoire cubaine qu'il offre, et qui m'a appris pas mal de choses qui m'étaient jusqu'à lors inconnues. Le récit est celui d'Ernesto, un homme coincé dans le passé, fils d'un "héros" mort à la guerre, et qui ne peut penser les événements de sa vie que par rapport aux péripéties de l'Histoire. Mais le tout est terriblement lent, à la moitié du roman, il ne s'était toujours formellement rien passé, on entrevoyait à peine le personnage qui allait déclencher la quête d'Ernesto. Il a aussi ce défaut de mêler sans cesse passé et présent, dans un continuel allez-retour qui suit les pensées d'Ernesto. J'ai toujours un peu de mal quand un texte suit le cheminement chaotique des pensées et des souvenirs, c'est aussi un aspect qui m'avait gêné pour Les vies de papier. Si c'est une forme de récit qui ne vous dérange pas et que vous voulez en savoir un peu plus sur Cuba, foncez, ce livre est fait pour vous.
      Les chapitres du livre sont par ailleurs des titres de roman, certains que je connaissais, d'autres non. La signification m'en a échappée, je suis preneuse d'idées là-dessus


      Couleurs de l'incendie, Pierre Lemaître


      Ayant particulièrement aimé Au revoir là-haut, je n'ai pas attendu excessivement longtemps avant de me précipiter sur ce second volet. On retrouve avec plaisir la plume ironique de Lemaître, Dumasienne dans la vengeance implacable de Madeleine envers ceux qui l'ont faite chuter, et Balzacienne dans son ambition de retracer les caractères et une époque frappée par l'antiparlementarisme, la montée du fascisme et du nazisme. Une satire drôle et tragique du monde bancaire, politique et journalistique des années 30 et d'aujourd'hui.

    • Augustine Barthelemy

      Baby lecteur

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      #5 05 Mars 2018 14:20:04

      Suite, et souhaitons-le, fin de la review du mois de février :

      Les Rois maudits, tome 1 : Le Roi de fer, Maurice Druon


      Je connaissais cette histoire par le biais d'une adaptation télévisuelle (si mon souvenir est exact, il y avait Philippe Torreton dans le rôle de Robert d'Artois). Je suis tombée un peu par hasard sur le premier volume, et je m'en suis saisi. J'ai eu un peu de mal avec l'écriture au départ, un peu vieillie à mon goût, mais une fois les deux premiers chapitres passés, on s'habitue. Ce premier tome est une plongée dans les prémices de la guerre de cent ans, qui secouera la France après la mort des derniers capétiens directs (ceci n'est pas vraiment un spoiler, si ?), où l'on découvre que comme souvent, ce qui est à l'origine de grandes catastrophes n'est bien souvent que le ressentiment et la jalousie. La figure de Philippe Le Bel est puissante et très évocatrice, un roi qu'on oublie trop souvent et qui a pourtant donné des bases solides à la France, notamment le gallicanisme. Et en tant qu'avignonnaise, forcément, la papauté en Avignon et la tour Philippe le Bel, ça me parle ^^ (oui, c'est futile).
      En résumé, un tome très intéressant qui donne envie de poursuivre dans cette aventure.


      La Fleur de l'illusion, Keigo Higashino


      Une enquête subtile qui tourne tout autant autour d'une mystérieuse fleur qui attise les convoitises que de la question de l'héritage que l'on porte et que l'on laisse derrière soi. L'ambiance est plaisante, et on retrouve l'atmosphère feutrée du Japon, où tout se résout dans une certaine sérénité.


      Le Vicomte pourfendu, Italo Calvino


      Pendant une bataille qui oppose les forces chrétiennes aux turcs, le vicomte Médard de Terralba est séparé en deux moitiés par un boulet. Ces deux moitiés survivent, l'une est totalement méchante, perverse et cruelle, et cherchera à tuer à plusieurs reprises son entourage, dont le petit garçon narrateur du récit, l'autre est totalement bonne et voudra aider tous ceux qui se trouvent sur son chemin. C'est un conte drôle et léger qui permet de réfléchir sur la condition humaine, en particulier le sentiment de complétude de l'homme et une réflexion sur sa dualité : ni tout à fait mauvais, ni tout à fait bon.


      Il était une fois l'inspecteur Chen, Xialong Qui


      Mon tout premier roman policier "chinois" (guillemets nécessaires dans le sens où l'auteur s'est exilé aux Etats-Unis après les événements de 1989), centré sur le personnage récurrent de cette série, l'inspecteur Chen. C'est une plongée immersive dans la Chine de Mao et de la Révolution Culturelle, dans laquelle on découvre derrière le parcours de l'inspecteur Chen, celui de son créateur, qui se livre avec une certaine mélancolie sur son enfance.


      L'Identité, Milan Kundera


      C'est le roman d'un couple Jean-Marc et Chantal, qui s'interroge sur l'autre. Il ne faut pas se laisser abuser par la simplicité de l'écriture, derrière, se cache un thème complexe, l'identité. Qu'est-ce qui me constitue, qu'est-ce qui fait que je puisse dire moi ? Et le regard de l'autre ? Et le regard que je porte sur moi-même ? Celui que j'appelle moi est-il seulement réel ? C'était une lecture intéressante, quoique parfois difficile, et dont je ne suis pas encore sûre d'en avoir saisi toutes les subtilités.



      J'ai laissé de côté la Balade littéraire parmi les figures de style volontairement de côté, je n'en ai pas grand chose à dire à part que c'était une lecture dispensable, bien qu'il soit toujours bien de se remettre en tête ce que l'on s'est efforcé d'apprendre pendant tant d'années.
      Pour le mois qui arrive, j'ai prévu de lire Antigone, d'Henry Bauchau (lecture mal engagée, j'ai beaucoup de mal avec ce texte), Athalie de Racine, La part des flammes de Gaëlle Nohant et L'Amour dans l'âme de Daphné du Maurier.

      Dernière modification par Augustine Barthelemy (10 Mars 2018 09:22:49)

    • Augustine Barthelemy

      Baby lecteur

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      #6 07 Avril 2018 13:22:59

      Résumons le mois de mars et ses treize livres :

      Athalie, Jean Racine


      Après la redécouverte enthousiaste de cet auteur avec Britannicus et Andromaque, j'ai décidé de m'attaquer à Athalie. Mauvais choix, déjà parce que je n'aime pas du tout les pièces bibliques, à l'exception de celles du seizième siècle, qui ont un réel intérêt appuyé par le contexte religieux de cette époque, entre religion protestante, catholique et l'évangélisme. Alors Athalie, de quoi ça cause ? En gros, de l'avènement du dernier descendant de David, Joas, soustrait à la terrible vengeance de sa grand-mère Athalie par sa tante. Il paraît que derrière cette histoire, on y trouve une morale et un point de vue politique. NON, c'est faux. A part les thématiques de l'absence-présence de Dieu parmi les hommes et de l'annonce de l'avènement de la Nouvelle Jérusalem (c'est-à-dire la religion chrétienne), il n'y a aucune question politique là-dedans, mais seulement l'application de la loi du Talion (qui, je le rappelle, est totalement justifié dans la Bible) et si le point de vue politique se résume à "il faut gouverner dans le respect de Dieu et pour Dieu", bah, c'est assez limité. Le fond n'est pas terrible, que dire de la forme ? C'est bof. Déjà, les chœurs ralentissent l'action (qui n'est déjà pas fameuse) mais il n'y a pas un seul vers marquant dans toute cette pièce. Rien qui ne reste à l'esprit. Aussitôt lu, aussitôt oublié. C'est décevant.


      Derrière la porte, Alina Reyes


      Roman érotique qui se divise en deux parties, l'une dédiée aux fantasmes des hommes, l'autre pour les femmes, et qui se présente à la façon des livres "Dont vous êtes le héros", qui ont fait les joies de mon adolescence. Peu de chose à dire, certains fantasmes présentés dans ce livre m'ont semblé assez peu ragoûtant. Mais à chacun ses goûts. Rien de choquant non plus, c'est gentillet (surtout si on compare à du Sade) mais une fois encore, aussitôt lu, aussitôt oublié.


      Antigone, Henry Bauchau


      J'ai eu beaucoup de mal avec ce roman qui reprend le mythe très célèbre d'Antigone qui, de retour à Thèbes après la mort de son père, veut empêcher la guerre fratricide qui se prépare entre Etéocle et Polynice. Je ne sais pas vraiment ce qui m'a déplu à la lecture, parce que le style d'écriture est magnifique et terriblement évocateur, d'une grande puissance émotionnelle. C'est un beau texte, et je le conseillerai sans souci à tous ceux qui aiment les mythes antiques et qui veulent découvrir Antigone autrement qu'en théâtre. Mais je me suis ennuyée de bout en bout.


      Jefferson, Jean-Claude Mourlevat


      Je lis peu de livre jeunesse dernièrement. Mais celui-ci m'a particulièrement tenté, certainement parce que son héros est un hérisson. Jefferson décide de se rendre un jour chez le coiffeur, manque de se faire écraser sur la route et découvre, en arrivant dans le salon de coiffure, que le propriétaire est mort, un ciseau dans le cœur. Et le malheureux hérisson, par un concours de circonstance, se retrouve accusé du meurtre. Avec l'aide d'un ami, il décide de découvrir le véritable coupable, et pour ça, il lui faut aller dans la ville des humains. C'est un excellent livre jeunesse, qui sous son aspect humour et policier, cache un thème important dans notre société actuelle : celle de la place que l'on accorde aux animaux, et tout particulièrement, des animaux destinés à l'abattoir. Mes yeux d'adulte (ou presque) n'ont rien vu de très choquant dans les chapitres qui abordent frontalement cette question, mais il me semble qu'un enfant, plus sensible, pourrait peut-être être plus impressionné par ces scènes.

      Dernière modification par Augustine Barthelemy (07 Avril 2018 13:24:29)

    • Augustine Barthelemy

      Baby lecteur

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      #7 08 Avril 2018 15:50:48

      Continuons lentement mais sûrement :

      La fille dans le brouillard, Donato Carrisi


      Une jeune fille disparaît, le veille de Noël, dans un petite communauté en apparence soudée. Un flic, Vogel, est dépêché sur place pour résoudre rapidement l'affaire, celui-ci est désireux de redorer son blason suite à une bavure policière. Très vite, les soupçons se tournent vers un jeune professeur, nouvellement arrivé dans le village et que tout semble accuser.
      C'était un bon thriller, dont le gore est absent. Tout se joue sur la personnalité des personnages : un flic antipathique aux méthodes expéditives et douteuses, et un professeur apparemment broyé par le système judiciaire et médiatique. Le lecteur est constamment trompé dans ses attentes et le dénouement met en scène un plan bien machiavélique. Le livre se double d'une critique des médias, attirés par le sang et le pathos, et de la vox populi à l'opinion versatile.


      Agatha Raisin, tome 4 "Randonnée mortelle", M.C Beaton


      De retour dans son village qui fleure bon la campagne anglaise, Agatha est chargée par une jeune femme de résoudre le meurtre d'une randonneuse qui avait la fâcheuse manie de susciter l'antipathie de son entourage. C'est une comédie policière légère, qui permet de faire une pause entre deux lectures. On passe un moment de détente agréable en compagnie de notre détective amateur et de son humour pince-sans-rire.


      Avant d'aller dormir,S.J Watson


      Suite à un accident, Christine ne construit plus de nouveaux souvenirs. A 40 ans, elle se réveille chaque matin en pensant en avoir vingt de moins. Chaque matin, son mari doit lui rappeler qui elle est, où elle se trouve. Sur le conseils de son thérapeute, elle commence à tenir un journal. Peu à peu, elle se rend compte que les souvenirs qu'elle inscrit et les propos que lui rapportent son mari sont dissemblables.
      C'est un thriller honnête. Christine a une personnalité attachante et est plutôt une héroïne agréable à suivre dans sa quête. Mais le roman est quelque peu répétitif, ce qui est normal au vu de la pathologie de Christine, et surtout, l'intrigue est prévisible. On comprend rapidement le fin mot de l'histoire.


      Le livre secret de Dante, Francesco Fioretti


      Dante vient de mourir : maladie ou empoisonnement ? Et où sont passés les derniers livres censés mettre fin à la Divine Comédie ? Un médecin, la fille du poète et un ancien templier tentent de dénouer le mystère. De cet auteur, j'avais apprécié Dans le miroir du Caravage, "biographie" romancée du peintre et qui offrait une reconstitution historique de la Rome baroque très réussie. Ici, la reconstitution du Trecento est toujours de qualité mais l'énigme autour des derniers livres du Paradis de Dante est parfois assez confuse et difficile à comprendre dans son exégèse ésotérique. La lecture en devient assez pénible.

      Dernière modification par Augustine Barthelemy (08 Avril 2018 15:53:23)

    • Augustine Barthelemy

      Baby lecteur

      Hors ligne

      #8 09 Avril 2018 16:41:43

      Fin de revue :

      La Guerre des amoureuses, Jean d'Aillon


      Suite directe du premier volume Les rapines du duc de Guise, on retrouve Olivier Hauteville et Nicolas Poulain dans les tourments de l'Histoire. Catherine de Médicis est bien décidée à mettre fin à la guerre entre son fils et Henri de Navarre. Elle choisit de le rencontrer en terrain neutre pour négocier la paix, et, si son projet n'aboutit pas, l'assassiner purement et simplement. Henri III, ayant vent de se projet, veut tout faire pour l'empêcher. Quant aux forces du duc de Guise, elles sont plus que jamais déterminées à écraser l'armée du navarrais. Complots, duels, intrigues amoureuses, tout est réuni pour tenir le lecteur en haleine, avec une bonne dose d'épique et de romanesque.


      Exercices de style, Raymond Queneau


      99 chapitres qui racontent 99 fois de manière différente une seule et même histoire. C'est un classique du genre et un jeu littéraire amusant. Cependant, si certains chapitres sont vraiment divertissants et amusants, d'autres sont un peu creux et ne sont qu'un pur exercice formel.


      La Part des flammes, Gaëlle Nohant


      Fin du XIX siècle, on suit principalement deux femmes issues de l'aristocratie et la haute bourgeoisie : Violaine de Raezal et Constance d'Estingel. Toutes deux sont mal perçues dans leur monde respectif : depuis la mort de son époux, Violaine est mis au ban, victime de rumeurs malveillantes ; Constance, élevée au couvent, ne respecte pas les conventions sociales, elle refuse de se marier, se pense appeler de Dieu. Leur destin va se nouer durablement autour d'un fait divers sanglant : l'incendie du Bazar de la Charité. C'est un roman incroyable, servi par une plume élégante qui nous transporte dans un univers féminin en prise aux conventions sociales dictées par les hommes.


      Daphné disparue, José Carlos Somoza


      Un vrai coup de coeur pour ce roman ! Juan Cabo, écrivain amnésique à la suite d'un accident de voiture, est à la recherche d'une mystérieuse femme, dont il a écrit qu'il en était amoureux. Mais qui est cette inconnue qu'il aime ? L'enquête qui s'ensuit est une ode à la littérature, un jeu de piste littéraire où chaque personnage qui apparaîtra sur le chemin de l'écrivain est l'incarnation de la création littéraire et de ses paradoxes.