[La Horde du Contrevent - Juin 2020] - Parlons du roman...

  • Miyuki-Panda

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    #11 27 Juin 2020 20:46:28

    Pour moi, il y a des livres qui sont destinés à nous marquer, à vie, à vif, et pendant longtemps ressentir leurs empreintes et cette chaleur qu’ils laissent sur la peau.

    La horde du contrevent en fait partie.

    C’était ma première expérience littéraire avec le monsieur, je ne savais pas vraiment à quoi m’attendre. J’avais vu passer ce livre un peu partout sur les différents top 5 où le thème était ces livres que je devais lire en 2019 et finalement pas …

    Quand j’ai annoncé sur mon suivi lecture, beaucoup m’ont fait part de leur amour pour ce roman. Je me souviens avoir vu un seul commentaire qui disait que La horde du contrevent n’avait pas été une expérience concluante. Et pourtant, j’ai l’impression que le fil entre « J’ai adoré » ou « J’ai détesté » est très tenu et d’un seul coup de vent, il est possible de basculer.

    Je fais personnellement partie de ces personnes qui ont aimé. Et encore, aimer me semble bien terne, bien faible pour exprimer l’amour que j’ai pour ce roman. Mais je vais essayer d’en parler du mieux que je peux, encore une fois.

    Je trouve même que La horde du contrevent est un chef d’œuvre. Parce que à ma lecture et même après, l’auteur a laissé en moi un véritable chaos. J’ai eu du mal à trouver mes mots, à comprendre ce qui c’était passé pendant et après. Une véritable transition s’était opéré en moi et, j’ai eu l’impression d’avoir devant moi un des ces livres qui vous changent complètement. Et c’est le cas, seulement je ne saurai pas dire quel est ce changement. Mais, je ressens encore cette pression dans l’estomac, ma gorge qui me fait mal, mes yeux qui se remplissent de larmes, mon souffle qui est coupé…

    La horde du contrevent est un de ces romans que je considère comme OVNI. Pas totalement roman philosophique, mais pas totalement roman d’aventure. Un entre deux. Une rencontre entre deux styles qui ne semblent pas facilement se mélanger et pourtant, l’auteur parvient à être tout le temps juste. Avant que chaque réflexion philosophique devienne trop pompeuse, ce dernier parvient à contrebalancer avec une scène d’action, du mouvement, de l’aventure. Bref, ce fameux voyage jusqu’en Extrême-Amont. De ces évènements ressortent quelques questions qui sont essentielles et qui font me poser des questions. Qu’en est-il du destin, comment peut-on modifier son avenir, comment vivre en pensant à l’inéluctable fin ? Alain Damasio n’apporte aucune réponse parce qu’il y a pas une réponse à obtenir de ces questions. Des, peut-être. Ou alors, il n’y en a aucune. Parce qu’au final, on préfère oublier. Certains personnages ont pu oublier ces visions qu’ils ont eu lors du tourbillon. Et moi aussi je les ai oublié. Et quand ça s’est réalisé, j’ai préféré ne pas y croire. J’ai essayé de trouver une autre explication, plus rationnelle, plus logique. Parce que l’histoire, si elle ne laisse personne s’en sortir sans égratignures, elle insuffle juste ce qu’il faut en espoir.

    Tout au long de ces 703 pages, j’ai cru qu’il y avait de l’espoir. Très vite, je me suis rendue compte des rudesses de ce monde dans lequel évolue la horde. Très vite, je me suis rendue compte que j’allais être bousculée émotionnellement parlant et que ce serait me mentir de voir les personnages avancer sans aucune difficultés. Ou les affronter sans y laisser une part d’eux-même. Et même si c’est compliqué, que l’on s’attache très vite à tous les personnages – même les plus discrets d’entre eux – on sait que tous ne pourront pas arriver indemne en Extrême-Amont.

    Le tour de force que réalise Alain Damasio se situe dans sa manière de manipuler notre espoir. Parce que très vite, on est fixé.

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    La terre est ronde comme une orange bleue et il n’y a pas d’Extrême-Amont. Pourtant, on ne veut pas y croire. Il n’y a pas d’Extrême-Amont, c’est logique, puisque la terre est ronde. Cela impliquerait que dans La horde du contrevent, la terre soit plate mais, ce n’est pas la réalité. Pourtant, je me suis surprise à ne pas vouloir y croire une seule seconde. J’imagine qu’au Moyen-Âge pendant cette découverte cruciale, je n’aurai pas fini au bûcher … Mais, par la force de l’espoir, tout ce que l’on sait, tout ce qui nous semble évident et acquis (notamment que la terre est ronde) finit aux oubliettes. On ne sait plus totalement où on en est.



    Ce qui me fait assez peur, à vrai dire. Je suis plongée la terre la première dans l’histoire et je ne me suis posée aucune question alors qu’il me semblait que les protagonistes étaient endoctrinés depuis leur plus tendre enfance. (C’est très drôle de réécrire mon avis pour le book club, je n’avais pas pensé à tout cela quand j’ai terminé La horde du contrevent et que j’avais écrit mon avis à chaud)

    Transition parfaite pour évoquer les personnages, une des pièces maitresse du livre. En effet, quand on suit autant de personnages à la fois, le sujet principal du livre en devient presque les relations entre vingt-trois personnes qui se connaissent depuis plus de trente ans.

    Mon préféré est sans conteste Caracole. J’ai pu voir dans les commentaires que pas mal d’entre vous l’aimiez. Et je comprends tout à fait.

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    Caracole c’est un électron libre, insaisissable comme le vent. Il est un véritable mystère mais, il a l’air des plus humains. Tout ce qui fait son mystère est savamment distillé et l’auteur fait confiance à son lecteur. Il ne se sent pas obligé de tout expliquer de A à Z, chacun faisant de ce livre, ce qu’il souhaite. Vous n’aurez jamais une tartine d’informations pour expliquer chaque phénomène. Même à des moments cruciaux où Caracole se dévoile, donne des éléments de son passé, tout est calculé pour que ce soit fluide. Alors que Caracole soit de vent, ça a eu encore plus d’impact sur moi. Assez étrangement, cela l’a rendu encore plus humain alors que, son statut le « déshumanise ». Je trouve également que la meilleur scène du roman est celle de la battle verbale avec Seleme. Oh mon dieu, je peux comprendre que cette scène déplaise mais, moi j’ai trouvé que c’était du génie. Déjà, en terme de qualité d’écriture. Allez écrire un texte cohérent en monovoyelles « o » (qui, soit dit en passant est loin d’être la voyelle la plus courante seule). Et puis, en maîtrise du personnage, on tient là du génie ! C’est une scène qui me hante encore et si j’avais un exemplaire papier avec moi je relierais cette scène des milliers de fois.



    L’autre personnage qui m’a marqué est Sov, le scribe. Il est, avec Caracole, l’essence du groupe. Et je me suis beaucoup reconnue à travers lui, même si plusieurs points nous diffèrent. Et grâce à lui, la découverte de ces vingt-deux autres compagnons qui l’accompagnent depuis tant d’années a été formidable. Il parvient à poser un regard à la fois neuf et empreint de nostalgie.

    C’est une personnage plein de sagesse mais qui manque cruellement de confiance en lui. Ce qui en fait, encore une fois, un personnage vraiment humain et très intéressant à suivre.

    Parlant d’humain, parlons Golgoth ! Le fameux meneur de la horde du contrevent. Encore une fois Alain Damasio nous propose un personnage profondément humain bien que je l’ai détesté et que je me suis aussi attachée à lui et que son sort ne m’était pas égal. Golgoth est tout ce que je peux détester : il est odieux, vaniteux, sexiste, misogyne, égoïste. Il n’est jamais tendre avec les femmes et il ne sait absolument pas les respecter, même quand lui ne sait pas agir. Nous ne sommes pas des petites choses fragiles, mais nous méritons le respect ... Je pense notamment à cette scène sur la Tour fontaine

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    où Firost, le pilier, et l’éclaireur Arval sont en train de se déshydrater. A aucun moment Golgoth fait preuve de respect envers Alme. Pendant tout le livre il la traite de molle, de bonne à rien, alors que bon nombre de fois elle aura sauvé les autres de situations extrêmes. Ce sera une des dernières à rester et à escalader Norska.

    Et pourtant, il a ses qualités et une psychologie bien développée. On comprend que Golgoth souffre de la mort de son frère (et qu’en plus, il porte son vif en lui), qu’il veut à tout prix se démarquer de ses prédécesseurs (pour obtenir l’approbation de son père et du monde entier).



    Golgoth peut se montrer enclin à aider une personne, peu importe son sexe, tant qu’elle garde courage et espoir.

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    Et j’ai apprécié cet aspect de sa personnalité lorsque Callirhoé est au plus bas après sa blessure et le traumatisme laissé par Lapsane. J’ai assez vite déchantée parce qu’il retombe dans ses travers mais, ça prouve qu’il peut être humain.



    Pour parler de Pietro maintenant, c’est un personnage que j’ai aimé mais, il est moins marquant que les autres. J’en parlais avec Aealo parce qu’il a parfaitement décrit le personnage. Pietro est quelque de noble, qui s’adapte aux autres et fait passer tout le monde avant lui. Il y a plusieurs de ses réflexions qui m’ont plu et m’ont parlé. Je me suis sentie proche de la quête de ce personnage et de ce qu’il est. Mais, tout en étant plus marqué par Caracole et Sov …

    Bref, Alain Damasio nous offre une panoplie de personnages, tous plus humains les uns que les autres. On a beau les suivre de manière totalement inégale, j’ai pleuré dès la première perte.

    Alors, est-ce que j’irai braver cette terre hostile foulée par des vents plus violents les uns que les autres, rencontrer des chrones, parler vif, et affronter des furvents ? Non, je n’irai pas. Parce que j’ai eu en face de moi toute la folie possible des hommes. Mais, jamais je ne les ai trouvé eux-mêmes fous et non sains d’esprits.

    C’est une autre force de ce roman, n’avoir rien en commun avec la horde et tout partager …

    Alors, je dois juste remercier Alain Damasio pour cette magnifique expérience qu’est La horde du contrevent.

    Dernière modification par Noemie.lsth (27 Juin 2020 21:12:10)

  • ilonaisreading

    Surfeur des couvertures

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    #12 27 Juin 2020 21:10:19

    Coucou!

    Mon avis va être très court parce que ce livre ne m'a pas plu. Je l'ai abandonné à la moitié.

    Les personnages sont relativement intéressant,  certains plus que d'autres.  L'idée des signes est très intéressante bien que durant les dialogues je ne comprenais pas toujours qui parlait.

    L'intrigue ne m'a pas emballée. Je ne comprenais pas la "logique" de cet univers.  Les bases ne sont pas vraiment posées par l'auteur et je trouve ça dommage.  C'est pareil pour le vocabulaire ou les concepts comme les chrones; l'auteur ne prend pas le temps d'expliquer précisément ces choses aux lecteurs et c'est embêtant durant la lecture.

    La fin n'est vraiment pas terrible. Tout ça pour ça?!

    Voilà,  c'est concis mais je n'ai pas grand choses à dire. Ce n'est pas une bonne lecture et je ne le recommanderai pas...
  • Julie27

    Administratrice

    En ligne

    #13 27 Juin 2020 22:38:54

    Re-coucou,

    Je voulais prendre le temps de re-parcourir ce livre mais c'était trop juste en timing... et finalement c'est un livre qui m'a marquée donc je peux encore en parler.

    La mise en page est pour moi un gros point fort, notamment la pagination.
    @Grominou : Pour moi :

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    la pagination à rebours servait à illustrer le fait qu'ils avancent à contre-courant, une façon de nous immerger encore davantage dans cet objectif si central. Je le voyais comme ça en tout cas mais je comprends aussi l'autre possibilité.


    J'ai aimé quasi tous les personnages... Mais surtout j'ai aimé l'unité qu'ils formaient. Ils se complètent parfaitement et c'est ce lien que j'ai aimé !
    J'ai adoré certaines sorties de Caracole et j'ai aimé aussi le Prince et j'ai aimé.... Golgoth (quel roc !!! O_O).

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    Et sa fin est l'un des moments qui m'ont le plus marquée au cours de ma lecture.... O_O



    J'ai adoré... l'univers ! Toute cette construction autour du vent, cette originalité. C'est tellement bien fait !!
    Et personnellement j'ai été complètement embarquée avec eux !

    Je suis d'accord sur le fait que ce livre est exigeant... mais pour moi il est à lire :heart: Comme Aryia, c'était un livre qui m'effrayait donc j'étais contente de le lire à l'époque en LC, pour me motiver à m'y mettre... et franchement j'étais contente de m'être lancée car je trouve que ce livre mérite vraiment d'être lu !

    Et quelle maîtrise des mots de Damasio !! Alors c'est vrai que ça peut sembler un peu pompeux par moments... mais franchement, chapeau à l'auteur !

    Concernant la fin :

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    C'est vrai qu'elle est assez prévisible... mais j'ai eu aussi une déception "Tout ça pour ça?!" O_o
    J'y ai repensé pendant plusieurs jours... pour finalement me dire que c'était presque la seule fin possible, logique et qui clôture parfaitement cette épopée.



    Au global, ce n'était pas un coup de coeur mais une très très bonne lecture.
    Mais je comprends parfaitement qu'elle divise autant !
  • yex

    Lecteur invétéré

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    #14 28 Juin 2020 11:40:28

    Bonjour à tous,

    Alors mon avis sur ce livre.
    Premier truc que je dirais car c'est un phénomène rare pour moi : En cours de lecture, je n'avais pas envie de reprendre le livre mais une fois ma lecture commencée, je n'avais plus envie de le reposer non plus !
    C'est un livre exigeant qui n'est pas d'un abord facile avec un langage inventé très riche et qui apporte une vraie compréhension du monde (mais qui n'est pas expliqué, je comprends que cela gène certains).
    Inventer du vocabulaire, des noms de personnages ou de ville est courant en SF / Fanstasy/ Fantastique mais c'est souvent casse-gueule pour l'auteur  de faire l'équilibre entre les lourdes explications à rallonge du vocabulaire et le dépaysement trop poussé du lecteur qui décroche pour incompréhension. (je crois avoir lu quelque part un texte de Pierre Bottero qui parlait justement de cette difficulté pour les auteurs)
    Je trouve que Damasio n'explique rien ou bien de manière tellement subtile que cela n'apparait pas dans le récit mais cela n'empêche pas de comprendre ce qu'il se passe. Et c'est là que c'est très fort ! A chacun d'imaginer à sa manière les objets du monde.

    Par exemple une question :

    Pour vous un "boo" c'est : Un boomerang (forme croissant), un frisbee (forme disque), une étoile de ninja (forme à pointes), un bolas ( forme à fils et boules) ?
    Parce que à mesure de ma lecture, cette arme a eu dans mon imaginaire des formes différentes mais cela n'a pas vraiment changé sa fonction et son utilisation dans l'histoire.

    Et je trouve donc que ce livre est très beau et très bon en ce qui concerne l'invention du monde, du langage, des attitudes, etc.


    J'ai adoré la pagination

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    qui regroupe à la fois l'idée d'aller chercher l'origine et de revenir au départ


    En ce qui concerne les symboles, au début du livre, que j'ai en format papier, le marque page ne me quittait pas puis petit à petit, on reconnait les intervenants à leur "voix" à leur style de pensée et c'est aussi une chose qui m'a énormément plu dans ce livre : les narrateurs divers et variés avec des styles de pensées, des tons et du vocabulaire tout aussi divers et variés.

    Mon personnage favori : Carac bien sûr pour son langage, son imprévisibilité, ses enchainements sérieux/ fanfaron/ fantaisiste qui font qu'on ne sait jamais s'il plaisante vraiment. c'est un vrai vent tourbillonnant en permanence.
    Et cette joute verbale... je crois que je vais être capable de la lire et la relire de nombreuses fois.

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    j'ai cru au début qu'il était là pour détruire la horde, que c'était un poursuiveur mais ensuite j'ai pensé que même si c'était son but premier, il avait été "absorbé" par la horde et ne voulait plus. Sa compréhension des chrones et ses prévisions me semblaient louches et quand ils ont commencé à parler autochrones, j'ai commencé à me douter...



    Mais j'ai aussi apprécié Sov et ses hésitations et les ralages/coup de gueules de Golgoth.

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    même si je n'ai pas apprécié ce moment où Sov "disparait" pour moi, face à son coup de coeur sur le navire fréole... j'ai eu l'impression d'avoir perdu le personnage, qu'il n'était plus le même et surtout qu'il n'était plus dans la horde, cet épisode ne m'a pas plu du tout



    Comme je l'ai dit plus haut, j'avais du mal à prendre le livre mais une fois dedans, j'étais en totale immersion avec eux. Je trouve que l'auteur n'a pas fait de cadeaux en nous plongeant (en plein vent) directement sans présentation mais d'un autre côté on a pu se forger notre opinion sur chacun des membres à mesure de la lecture. Et cela a donné une impression de vivre avec eux. Pas comme si quelqu'un nous racontait les personnages, là on les découvre, on se forge un avis sur eux puis on change d'avis suite à une action, etc. Pour moi, ce système procure une grande intimité avec les membres de la horde.

    C'est cette intimité qui fait qu'on vibre avec eux, qu'on rit ou qu'on pleure.

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    C'est aussi elle pour moi qui fait que sur les plateaux de la fin on a cette impression de "tout ça pour ça !" car c'est aussi ce que ressentent les personnages à ce moment-là.
    Je trouve la fin normale, je pense que j'aurais été déçue d'une fin mystique de création de vent, ou s'ils n'avaient pas été jusqu'au bout. Cette fin je l'attendais, je voulais juste savoir comment elle arriverait (et surtout si la terre était ronde, pourquoi aucune horde n'était partie vers l'aval...)
    Je la trouve ouverte et bien amenée dans l'esprit des personnages.

    De nombreuses interrogations restent, ma théorie :
    Les érudits savent que la terre est ronde (c'est marqué dans la tour en livres, ce bâtiment génial). Mais il y a toute une mystique sur le vent (et son origine). Donc ils doivent cautionner, pour des raisons politiques, les hordes tout en faisant en sorte qu'aucune ne réussisse (d'où la poursuite) pour ne pas voir le système détruit.



    Honnêtement cela faisait longtemps que je n'avais pas lu un livre aussi difficile à lire, dense et marquant.
    J'ai aimé, je crois même que j'aimerai le relire, dans quelque temps, quand je l'aurai digéré, histoire de reprendre diverses actions des personnages en connaissant mieux le monde et leurs histoires.
    Je le recommanderai sans problème mais pas forcément à tout le monde.
  • Riz-Deux-ZzZ

    Modératrice

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    #15 28 Juin 2020 13:20:52

    J'ai lu vos avis en diagonale, je n'en suis qu'à la moitié... oops

    Je vais reprendre beaucoup de points que j'ai pu lire dans vos posts et il y aura du bien et du moins bien pour moi (et à l'instant T de ma lecture : le dénouement pourra éventuellement faire évoluer mon avis).

    Pour la pagination, je trouve ça original et que ça colle plutôt à la façon de raconter de l'auteur : on débarque au milieu de la Horde, sans rien connaître et, petit à petit, tout en avançant, on revient aussi en arrière, en apprenant plus sur le passé de chacun, sur les débuts de cette quête à travers les siècles.
    Le gros bémol selon moi, c'est que l'univers créé est tellement riche qu'il demande des explications que l'on n'a finalement que très rarement. J'ai eu l'impression que Damasio avait son truc en tête, qu'il avançait dans son intrigue, sans penser au lecteur, à celui qui débarque dans ce b*rdel et qui doit appréhender tous ces nouveaux termes, ces nouvelles idées. Il y a certains passages que je n'ai pas compris, notamment lorsque le vocabulaire du vent devient technique ou quand la conversation tourne un peu trop philosophique. (Et puis, cette histoire de vif m'a mise dans le flou car, pour moi, le vif c'est Fitz et Robin Hobb ! :diablo: )

    Au niveau des personnages, les symboles permettent de passer d'un point de vue à un autre assez facilement et j'ai été surprise de voir que je me détachais de plus en plus du guide en début de roman au fil des pages : on s'habitue rapidement à la façon de parler de chacun. J'ai une préférence pour Pietro, toujours très posé et Erg, très touchant lors

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    du combat avec Silene et sa victoire qui n'en est pas une

    . Golgoth est très charismatique mais certaines de ses réflexions sont quand même très arriérées : son éducation y est pour beaucoup mais c'est parfois compliqué à accepter en tant que lecteur.

    Concernant l'intrigue, je n'en ai qu'un vague aperçu pour le moment donc je ne me prononce pas.
  • Roxann

    Petit joueur sur les mots

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    #16 28 Juin 2020 15:02:21

    Hello tout le monde !

    J'ai lu ce livre il y a deux ans mais il m'a marqué.

    Je pense que si je devais garder qu'un seul livre de ma bibliothèque ça serait celui-ci.

    Il faut savoir que j'ai fait des études de sciences du langage alors ce livre est du pain béni pour moi !

    Tous les néologismes, les Jeux de langage dans ce livres m'ont fait palpiter. Et la battle de verbe m'a tenue en haleine comme jamais.

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    Lorsqu'on apprend que les signes de ponctuation sont la retranscription du vent, j'avais l'impression d'avoir le manifeste de la horde dans les mains et je ne pouvais pas m'empêcher d'imaginer ce qu'ils étaient en train de vivre lorsque je lisais et que je voyais toutes ces virgules et ces différents points.



    Les personnages sont bien campés à la limite du stéréotype aux premiers abords (Bonjour Golgoth) mais prennent une nuance au fil des pages. Par exemple, le personnage de Golgoth (Oui un exemple tout à fait banal) me sortait par les yeux toute une partie de l'histoire même si je lui reconnaissais une force et un charisme qui imposait le respect et finalement il est le personnage qui m'a émue aux larmes à la fin du roman (peut être justement parce qu'il pouvait être si détestable).

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    Il vivait tellement pour trouver la source, pour poursuivre coûte que coûte son périple que face à la désillusion de la révélation de la source du vent, sa volonté et sa force lui font transcender les règles même de la physique... Ce moment m'a mis dans un état de fascination incroyable pour ce personnage.



    Mon personnage préféré est évidemment Caracole

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    et lorsqu'on découvre sa vraie nature j'avais cette impression de frustration face au fait de savoir qu'on ne pourrait jamais comprendre ce personnage puisqu'il n'est pas humain, n'a pas le même fonctionnement que nous, ce qui le rend encore plus inaccessible qu'il ne l'était déjà avec cette manière de toujours être en retrait de la situation vis à vis de son je-m'en-foutisme apparent.



    Cette fin, oui cette fin.

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    Pouvait-il en être autrement ? Ce livre ne se lit pas pour sa fin mais pour tout le reste. Il est l'objectication même du proverbe "Ce n'est pas la destination qui est important mais le voyage"

    donc il est important de rester dans le présent de notre lecture pour ne pas être déçu de la fin et surtout se sentir impliqué dans la horde et ne pas être sans cesse dans l'attente de la révélation finale.

    Oui c'est un livre très exigeant et même si j'adore ce livre je ne l'ai jamais conseillé. Les peu de fois où j'en ai parlé j'ai bien insisté sur le fait que c'était une lecture douloureuse par sa nécessité d'implication du lecteur.

    Je m'en vais de ce pas lire vos avis parce qu'il y a encore tellement à dire sur ce livre !

    Dernière modification par Roxann (28 Juin 2020 16:09:01)

  • Guenièvre

    Puits de lecture

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    #17 28 Juin 2020 15:14:36

    Bonjour à tous.tes, désolée de ne pas avoir été présente hier, mais je n'ai fini le roman que ce matin et je voulais absolument pouvoir lire vos spoilers! J'aurais été trop frustrée sinon :lol:

    Pour moi c'est un gros coup de cœur, j'ai trouvé le livre d'une recherche et d'une minutie époustouflante!

    1. Mise en page
    J'ai eu du mal à m'y retrouver avec les symboles des perso (béni soit ce marque-page), à un moment je me suis même demandé s'il y avait un rapport avec les symboles de notation du vent. Genre chaque personnage était représenté par le vent qui collait le plus à son caractère. Ç'aurait été marrant, mais il me semble que ça ne fonctionne pas.
    J'ai beaucoup aimé cet aspect dépaysant de la pagination inversée. Surtout

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    arrivée à la page 0, qui était aussi la fin de la quête de Sov, et du reste de la Horde. La fin de leur vie à tous quelque part. Une fois arrivés au bout, revenus à leur point de départ, que leur restait-il? Rien, nada, zéro. C'est mon interprétation de la chose en tout cas... Et puis ça allait bien aussi avec l'idée de finitude du monde: leur certitude qu'ils pouvaient trouver la source du vent qui serait aussi la fin du monde. Et donc la fin de la pagination et du livre.



    2. Personnages
    J'ai adoré les personnages, tous les personnages! J'ai été énormément touchée par cet idéal de groupe où chacun est une partie d'un tout - le tout fonctionne moins bien sans eux, et eux ne sont rien sans ce tout. Et au delà de cette communauté, chacun garde une personnalité et un ton propre, indépendant. Ces interactions m'ont littéralement fascinée. La façon dont les couples se formaient et déformaient, les liens d'amitié et de respect, mais aussi de dédain (venant toujours de Golgoth, il faut le dire). J'ai trouvé incroyable la plume de l'auteur qui réussissait à changer radicalement à chaque point de vue, ça donnait une richesse incroyable à la narration.
    Ceux que j'ai le moins aimé sont Coriolis, Larco et le fauconnier Darbon.

    @Noémie Je suis tellement d'accord avec tout ce que tu dis des personnages. Sov, Caracole, Pietro et même Golgoth :pink: Sur ce dernier il y a ce passage qui m'a beaucoup touchée parce qu'il montre que malgré tout le formatage qu'il a subi et qu'il s'impose pour résister à l'épreuve du contre, jour après jour, il reste quelqu'un de profondément humain qui tient énormément à ses compagnons et les respecte. C'est au chapitre 16 (p.172 de mon édition) quand

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    Aoi s'en va et qu'elle dit au revoir à Golgoth et le lui annonce, il répond "Pourquoi? [...] J'ai besoin de toi pour les feux et l'eau et les plantes" pour rappel à ce moment-là il revient à lui même après une grave chute et ce sont ses premiers mots alors que tout le monde était inquiet qu'il y reste. C'est juste inouï cette réaction viscérale!

    Je trouve ça incroyablement fort, parce que malgré tous les moments où il a râlé contre les "faibles" bonnes femmes il reconnaît aussi qu'il ne peut pas avancer sans elles.

    @yex Sur Sov et ce qui se passe dans le navire fréole, je n'ai pas la même analyse que toi. A mes yeux cet épisode participe de la construction du personnage. Il a encore le rêve assez enfantin de trouver le grand amour, et avec cet épisode il réalise en quoi c'est incompatible avec l'appartenance à la Horde. C'est dur pour lui d'y renoncer, et grâce à cette conscience son choix de rester prend tout son sens et son poids. Son prix. Quelque part, la vie dans la Horde est en vase clos, avec toujours les mêmes personnes jour après jour. Donc son développement émotionnel est incomplet, et il se fait balader par une jolie jeune femme, plus mature et intelligente que lui sur ce plan-là.

    4. Décor
    Là encore j'ai été conquise! J'ai vu que beaucoup d'autre vous, chers.ères comparses de lecture avaient été déboussolés par la richesse et l'absence d'explication. Bizarrement, alors qu'il m'arrive souvent de critiquer des livres pour cette raison (récemment j'ai lu un roman de Christian Léourier que je n'ai pas aimé à cause de ça), ici la mayonnaise a pris! J'étais dans une sorte d'attente, dans la réceptivité et du coup j'ai pris les choses comme elles venaient et ça s'est bien passé. J'ai beaucoup aimé le monde exotique créé par l'auteur, qui m'a beaucoup dépaysée. C'est peut être une question d'état d'esprit: ce livre est tombé au moment adéquat pour moi.

    @Catysprint J'ai bien aimé ce que tu as dit sur l'univers, avec la place du vent et la réflexion sur le collectif de la Horde

    @yex: j'aime beaucoup ta remarque sur le boo que je trouve très juste

    5. L'intrigue
    L'intrigue m'a complètement embarquée! J'ai bu tout le livre comme du petit lait à grandes gorgées - 50 ou 100 pages à chaque fois. Les 150 dernières pages ont été de la torture! J'étais prise au piège de l'action, mais comme je ne pouvais pas tout lâcher pour finir le livre, j'ai été très frustrée! J'ai totalement adhéré à la quête des personnages, je suis entrée dans leur psychologie où seul le contre compte. Je vous ai déjà dit que c'était un coup de cœur, non ? :grimaces:
    @Ichmagbücher Je te rejoins sur le spoil concernant Barbak, là aussi moi j'ai pas compris, mais comme je suis bonne poire, j'ai décidé qu'Alme avait dû le soigner. En revanche je n'ai pas la même perception que toi de leur quête; ils le disent à plusieurs reprises: ils doivent contrer à pied pour accumuler l'expérience et pouvoir comprendre les formes du vent qu'ils vont finir par trouver. Ils forgent leur personnalité et leur Horde au fur et à mesure pour arriver à l'épreuve finale, le chemin parcouru étant aussi important que cet objectif. J'aime beaucoup cette idée.

    6. La fin

    Spoiler (Cliquez pour afficher)

    Je m'étais auto-spoilée. J'ai consulté la page où se trouvaient les noms des chapitres et en face il y avait la dernière page, où mon œil a repéré "Aberlaas"... A partir de là je savais où les personnages allaient, mais tout le suspense a persisté parce que je me demandais comment ils y arrivaient. Et même si c'était un peu abrupte, même ce côté lapidaire faisait sens. A quoi bon s'étendre sur l'inutilité de la quête de la Horde toute entière? Je pense qu'on laisse un Sov détruit par tout ce qu'il a vu, appris et perdu. Du coup c'est la fin parfaite.


    @Catysprint Les questions que tu poses à la fin de ton post sont excellentes, j'y adhère totalement! Je crois que si j'avais du temps et du courage, je m'amuserais bien à écrire des fanfictions pour essayer d'y répondre... Ce serait un défi au dessus de mes forces, je le crains...

    7. Bilan
    Je le redis encore une fois au cas où: alerte coup de :heart:
    J'ai TOUT aimé. Tout je vous dis. Et oui, je le recommanderai sans hésitation (étonnant je sais). Par contre, lire tous les avis de celles/ceux qui n'ont pas aimé du tout, voire qui ont abandonné m'a permis de prendre conscience que ce n'était pas fait pour tout le monde et que je devrai choisir avec soin celles et ceux à qui je recommanderai cette pépite.

    Remarques en l'air

    D'abord sur le monde en général, j'avoue que je reste perplexe devant la qualification du roman en "science fiction". N'ayant pas de telle catégorie sur mon blog, je crois que je vais tout simplement le classer en fantasy, parce que cela pourrait tout aussi bien en être. Parmi les hypothèses suscitées par l'étiquette science fiction, j'ai envisagé l'explosion de la terre, remodelée en un monde où la masse d'air a un comportement violent à cause des répercussions de l'accident.
    @Ninicocou J'ai bien aimé tes réflexions sur ce point dans ton dernier spoiler
    @yex j'ai bien aimé ta théorie aussi sur l'Hordre et la Poursuite

    @Lizana Je suis vraiment désolée que ce livre t'ait autant déplu! Je conçois bien que ce livre soit difficile à lire - c'est vrai qu'il faut s'accrocher pour saisir les discours savants sur la nature du vent. J'avoue avoir laissé filer certaines choses sans chercher à comprendre. Pour moi ce sera une bonne excuse pour le relire un jour prochain...

    @Ichmagbücher J'avoue que je me suis posé la même question que toi sur les gosses! Si je compte bien, les hordiers ont un enfant, ils se le trimballent pendant 5 ou 6 ans puis ils l'envoient en aval pour apprendre à contrer O_o J'avoue que j'ai du mal à voir comment ça marche: impossible pour un gamin de cet âge de supporter la Trace! En ce qui concerne la maternité, on a un élément de réponse un peu plus loin dans le bouquin, où les femmes de la Horde envisagent de demander à Golgoth de s'arrêter 1 an pour avoir chacune un enfant.
    Concernant les documents de Sov, la réponse est donnée il me semble: il y a un axe de communication d'Aberlaas jusqu'à Camp Bòban, le point le plus amont habité; donc en gros, un membre survivant de la Horde transmet le carnet de contre par ce biais

    @Grominou Je suis tellement d'accord avec toi sur les phrases qui sont une révélation pour Sov mais qui ne m'ont fait ni chaud ni froid! Là à mes yeux, c'était un effet grandiloquent et raté...

    @yex A vrai dire le nom de Bottero a hanté ma lecture. J'ai trouvé un parallèle entre toute sa philosophie marchombre et celle qui sous-tendait la Trace et le Vent dans ce bouquin. Quoique les explications soient un poil moins claires et concrètes.

    Il me reste à vous remercier de ce Bookclub, surtout Julie pour l'organisation - et je crois que c'est Ichmagbücher qui fait le compte rendu? Hâte de te lire! Sans vous, j'aurais probablement attendu des années avant de me lancer. Là je m'y suis prise à l'avance grâce aux avertissements des un(e)s et des autres qui l'avaient déjà lu. J'ai pu prendre mon temps et savourer ma lecture tout en ayant un objectif qui me faisait tenir un bon rythme. C'était les conditions idéales pour lire ce livre! :salutation:

    Dernière modification par Guenièvre (28 Juin 2020 15:30:47)

  • Grominou

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    #18 28 Juin 2020 15:22:51

    Roxann tu devrais utiliser les balises spoiler!

    Yex: Je suis d'accord avec toi, le fait que certaines choses sont nommées mais pas expliquées est pour moi une force du roman, car comme tu dis on s'en fait sa propre image, qui évolue au cours du roman.  en même temps je comprends que ça a pu déplaire à certains mais pour moi c'était un gros +!
    Et le boo pour moi est un genre de boomerang, mais avec un côté coupant. Et le gorce, je le voyais comme un genre de gros sanglier!
  • Guenièvre

    Puits de lecture

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    #19 28 Juin 2020 15:32:13

    @Grominou: je suis d'accord avec toi sur les deux définitions, même si je n'avais rien posé d'aussi dans ma tête. Pour moi, le boo c'était un objet flou, mais qui revenait vers celui qui le lançait, et le gorce était un animal fonceur et balourd.
  • Grominou

    Modératrice

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    #20 28 Juin 2020 15:55:46

    Guenièvre, je n'avais pas vu ton post, on a publié presque en même temps.  Contente de savoir que je ne suis pas la seule à avoir trouvé ces révélations d'une banalité affligeante!  Pour moi, le seul petit couac dans ce qui est autrement un chef-d’œuvre.