Quand reviendra le ciel bleu - prologue

 
    • cnslancelot

      Lecteur timide

      Hors ligne

      #1 10 Août 2018 16:13:13

      Bonjour à tous ! Comme vous savez ( du moins pour ceux qui me suivent ) je suis en pleine écriture d'un nouveau roman que j'ai intitulé Quand reviendra le ciel bleu.
      Je profite donc du forum pour vous en exposer le prologue que voici :




      Prologue

         

      La forêt commençait à refermer son étreinte. Ils avaient presque atteint la sortie quand Cèdre se prit les pieds dans un enchevêtrement de racines et tomba la tête la première. Ces dernières se resserrèrent sur lui et auraient manqué de l’étouffer si Jasmin et Azalée n’avaient pas été là pour l’en sortir.
      « Fais un peu attention où tu mets les pieds, soupira Azalée.
      C’n’est pas ma faute. On n’y voit rien, répliqua Cèdre.
      Arrêtez de jacasser vous deux, et magnez-vous si vous ne voulez pas rester prisonnier ici ! les coupa Jasmin. »
         Cèdre se releva et ils reprirent leur course. La forêt leur semblait interminable comme si elle se rallongeait à chacun de leurs pas. Ils couraient, haletaient, sans savoir où ils allaient. Comment en étaient-ils arrivés là ? C’était pourtant son monde, ses règles ; à lui, à eux. Jamais il n’aurait pensé qu’ils devraient le fuir. Pourtant, c’était bien ce qu’ils étaient en train de faire.
         Autour, le monde s’écroulait sur lui-même et les secousses se faisaient de plus en plus violentes. Bientôt, il ne resterait plus rien de l’univers qu’ils avaient créé. Allaient-ils, eux aussi, disparaître ?
         A l’autre bout du champ de lavandes sauvages, Lys observait la scène, impassible et souriante. Elle se demandait comment nos trois jeunes amis allaient se sortir de cette désastreuse situation. Ils allaient apprendre la plus douloureuse des leçons. L’utopie dont ils avaient tant rêvé, qu’ils avaient espéré durant toutes ces années n’avait été que mensonge. Et le plus dur, le plus inconcevable, était que c’était Lys qui leur avait menti. Jasmin eut un pincement au cœur, et s’arrêta en se tenant fermement la poitrine.
      « Que fais-tu, Jasmin ? demanda Cèdre.
      Ce n’est rien, répondit ce dernier en reprenant ses esprits. Je n’ai juste jamais couru autant, mentit-il. »
      Il avait toujours été fort et il voulait le rester. Surtout pour elle. Il ne voulait donc pas admettre que son cœur s’était brisé en même temps que son Eldorado. De plus, il se doutait que ses amis devaient sûrement ressentir la même chose et ne voulait pas miner leur moral avec ses tracas.
         Bientôt ils virent la lumière aveuglante du jour et foncèrent dans sa direction. Cèdre et Azalée couraient à toute vitesse quand Jasmin eut une appréhension. Il se mit à hurler : « Stop ! »
      Et ils s’arrêtèrent net, juste à temps pour ne pas tomber dans la gueule béante du précipice qui s’ouvrait là devant eux. Ils étaient enfin sortis de la forêt, avaient su échapper aux arbres mais ils se retrouvaient devant un autre problème.
      « Comment va-t-on faire ? demanda Cèdre. Il faut qu’on se rende de l’autre côté. »
      Jasmin ne savait quoi répondre et se contenta de laisser son regard plonger dans cet abîme sans fond. Il ramassa alors une pierre puis la jeta dans le vide. Il tendit l’oreille, espérant. Le temps ne lui avait jamais paru aussi long. Enfin, il entendit le plouf indiquant leur salut. Un regard suffit à faire comprendre à Cèdre et Azalée ce qu’il avait l’intention de faire.


      « Tu es fou ! s’écria Azalée. Sauter de cette hauteur ? Tu n’y penses pas ?
      Et que veux-tu qu’on fasse ? demanda Jasmin. On ne peut revenir en arrière et il n’y a nulle part où aller.
      Cèdre regardait dans le vide, analysait la situation
      Jasmin a raison, on a pas le choix.
      Il prit son élan et sauta dans le vide.
      Cèdre !! hurla Azalée en se précipitant au bord du gouffre.
      Ils entendirent le corps de leur ami toucher l’eau en un claquement assourdissant.
      Cèdre ?! appela Jasmin.
      Il attendit longtemps une réponse et faillit paniquer quand il entendit la voix de son ami dire :
      Je vais bien ! Sautez !
      Jasmin se prépara donc à sauter quand Azalée le retint par le bras, lui lançant un regard inquiet.
      Ne t’en fais pas, essaya de la rassurer Jasmin. S’il a pu le faire, nous pouvons le faire également, ajouta-t-il. »
         Elle réfléchit un instant puis finit par acquiescer. Ils comptèrent jusqu’à trois et sautèrent à leur tour. Le monde tourna autour d’eux avant de disparaître dans les ténèbres de leurs souvenirs.



      Espérant qu'il vous plaise, des bisous ! :)

    • cnslancelot

      Lecteur timide

      Hors ligne

      #2 10 Août 2018 16:59:50

      Je poste aussi le premier chapitre :

      Premier chapitre – partie 1

      Vingt ans plus tôt
         Jasmin tenait toujours la main de sa maman quand une balle perdue vint se loger dans sa poitrine. Elle s’écroula, suffoqua et cracha du sang. La douleur qui se dessina sur son visage horrifia le petit Jasmin alors âgé de cinq ans. Il sentit la panique et les larmes monter.
         Là dehors, les cris et les insultes fusaient. L’homme qui avait tiré, un membre de l’armée révolutionnaire, avait été plaqué au sol par un officier des forces de l’ordre qui se faisait lapider par les rebelles.
         Cela faisait plusieurs jours que les tensions entre le parti en place, corrompu aux pots de vin et aux chantages, et ce qui restait des anciens démocrates s’étaient empirées. Le nouveau despote au pouvoir, Marx Twain, avait lavé le cerveau de ses citoyens et réprimé toute forme de pensée allant à l’encontre de ses idéaux utopiques. Il avait chassé du cœur des gens tout ce qui lui paraissait impie. Et les livres et les films ne parlaient plus que de lui et de son régime tyrannique.
         Il avait aboli toute forme de religion au détriment de la sienne. Il avait sanctionné toute opinion contraire par d’horribles génocides. Il avait fallu qu’un homme se soulève contre ce tyran machiavélique pour que le courage renaisse dans le cœur des gens. L’homme en question, Crocus Lang, était un héros pour le petit Jasmin. Malheureusement, Twain ne comptait pas se laisser malmener de la sorte et il avait envoyé sa cavalerie. Les rebelles, en infériorité numérique, avaient été repoussés dans leurs retranchements jusque la première ville.
         Ce qui nous mena à Jasmin et sa mère.
         Elle gisait à terre, son regard figé dans la douleur. Jasmin l’appelait, la secouait en la suppliant de dire quelque chose. Puis, voyant qu’elle ne lui répondrait plus jamais, il fondit en larmes. Il se recroquevilla dans ses sanglots quand un homme le prit par le bras. Jasmin se débattit d’abord puis, jetant un coup d’œil à celui qui le tirait, s’étouffa de surprise. L’homme en question n’était autre que Rosemond, le bras droit de Crocus. Rosemond sourit à l’enfant et lui dit :
      « Viens petit, ce n’est pas un endroit pour les enfants ici.
      Maman ? demanda Jasmin.
      L’homme regarda la femme noyée dans son sang puis s’agenouilla à hauteur du petit garçon.
      Ta maman ne pourra malheureusement plus nous suivre, elle s’en est allée. Mais ne t’en fais pas, je suis sûr qu’elle est partie pour un monde bien meilleur que celui dans lequel nous vivons. Elle a quitté les ténèbres pour la lumière… allez, viens. »
      Il essuya les larmes de Jasmin et l’aida à se relever. Ils profitèrent du chaos et de la confusion pour s’enfuir très loin.



      Premier chapitre – partie 2

         Le feu s’était déclaré assez tard dans la nuit et les flammes avaient dévoré une grande partie de la maison. Azalée et ses parents dormaient paisiblement dans leur chambre respective, et n’ayant pas senti l’incendie à temps, s’étaient retrouvés piégés dans la fournaise.
         Ayant un téléphone dans leur chambre, le père avait réussi à joindre les pompiers et essayait maintenant, tant bien que mal, de repousser l’assaut des flammes. Malheureusement, le feu était tenace et la fumée menaçait ses narines à chaque instant, l’empêchant de respirer convenablement. Sa femme était restée accroupie dans un coin et le regardait se battre comme un diable, impuissante.
         Azalée, elle, hurlait et pleurait. Elle s’était réfugiée dans le grenier qui se situait juste à côté de sa chambre, pensant ainsi échapper au feu. La fillette n’avait que six ans et était terrorisée. Elle entendit un grand bruit comme si le sol s’était effondré quelque part dans la maison. Elle redoutait maintenant le pire. Elle hésitait entre rester à l’abri dans les combles ou descendre voir ses parents.
         Soudain elle entendit les sirènes des pompiers résonner par le velux laissé entrouvert. Il leur fallut un bon moment pour venir à bout de l’incendie. L’un d’eux entendit les appels au secours d’Azalée et alla la chercher. Un autre s’était rendu dans la chambre des parents qui se trouvait au rez-de-chaussée. Le plafond s’était écroulé sur le couple et, pris au piège, ils n’avaient eu plus qu’à attendre que le feu les dévore.
         La fille avait été conduite aux urgences pour analyses. A l’hôpital, elle n’avait cessé de demander après ses parents mais personne n’avait osé lui dire la triste vérité. Puis on finit par lui affirmer que ni sa mère ni son père ne pourrait venir la chercher et on lui demanda si elle avait quelqu’un à appeler. Elle leur dit qu’elle avait une tante qui habitait à quelques kilomètres de là. Un officier, qui était venu voir Azalée, contacta la dame en question et cette dernière accourut auprès de sa nièce.
         Quelques jours plus tard, Marie signait les papiers pour avoir la garde de la petite. Azalée n’avait eu à demander pourquoi. Elle l’avait bien compris. Surtout lorsqu’elle entendait sa tante pleurer toutes les nuits. La fillette, elle, ne pleurait pas mais elle s’était renfermée sur elle-même. Elle ne parlait à personne et s’était détachée des quelques amis qu’elle avait.
         Sa tante avait donc décidé qu’il était temps qu’elles partent car les lieux s’étaient imprégnés de l’odeur âcre des mauvais souvenirs. Aussi quittèrent-ils la ville sous le regard de la grande dame de fer.







      Premier chapitre – partie 3

         Cèdre, douze ans, s’était caché dans la penderie parmi les chemises et robes de ses parents. Il avait failli hurler lorsqu’un des hommes en noir avait logé une balle en plein dans la tête de son père. Il s’était retenu d’une main sur la bouche. Il avait vu beaucoup de films et savait que hurler ne lui aurait pas rendu service.
         De ce qu’il comprit de la situation, son père avait des dettes auprès d’une importante compagnie. Sa mère le lui avait expliqué ; c’était quelque semaine plus tard, après le drame. Elle n’avait pas voulu lui dire pourquoi il devait autant d’argent et il doutait qu’elle l’eut su réellement. Tout ce que Cèdre retiendra un jour était que son père aimait sa famille et que c’était pour la préserver qu’il s’était fourré dans les ennuis. Oui Cèdre avait douze ans mais, malin qu’il était, il comprenait fort bien les problèmes des grandes personnes.
         Il comprit aussi quand sa mère avait dû jouer les strip-teaseuses pour rembourser l’argent qu’il manquait à ces fichus hommes en noir. Et il comprit, bien sûr, quand elle lui avoua qu’elle ne pourrait plus prendre soin de lui, du moins pendant un temps.
         Il ne lui en avait même pas voulu lorsqu’elle l’avait envoyé chez son alcoolique d’oncle. Bernard était petit mais costaud, portait une barbe mal taillée et avait une calvitie naissante à l’arrière du crâne, laissant les quelques cheveux blancs se battre en duel à l’avant. Il avait toujours cette vieille chemise à carreaux tâchée du café du matin et son vieux jean troué au niveau des genoux. Son haleine puait l’alcool. Cèdre n’aimait pas quand son oncle buvait. Cela le rendait mauvais et il avait la fâcheuse tendance à passer ses nerfs sur son abruti de neveux, comme il avait coutume de l’appeler.
      < C’est toi l’abruti >, pensait Cèdre.
      Il n’aurait osé le lui dire car il craignait les représailles que Bernard réglait d’un coup de ceinture. Il garderait les séquelles de cette maltraitance toute sa vie.
         Il avait résisté et ce n’était seulement qu’à sa majorité qu’il décida de partir loin de tout ça. Il rendit visite à sa mère pour la première fois depuis des années (son oncle l’avait empêché de la voir) et lui confessa qu’il pensait quitter la région pour aller il ne savait trop où.
         Il fera une halte à la capitale pour s’inscrire dans une école de e-commerce. Sa spécialité, les articles de sport en ligne. Il intégrera aussi une équipe de football, et sortira même avec la populaire Clara, une jolie brune typée méditerranéenne avec un corps mince et élancé, ainsi qu’une généreuse poitrine. Ils resteront en couple pendant deux ans avant qu’elle ne le quitte pour Steve qui jouait dans la même équipe que Cèdre. Cela lui avait valu un renvoi lorsqu’il avait cassé la mâchoire de son rival. Heureusement, le directeur l’avait tout de même à la bonne et sous preuve de bonne conduite, il avait pu réintégrer l’école au bout d’un mois d’exclusion. Puis quelques jours plus tard, il rencontrait Lucie, gérante de la bibliothèque, et il sortait ensemble.