Bonjour tout le monde,
Je viens de terminer
Antithèses : Mallarmé, Péguy, Paulhan, Céline, Barthes, de C. Coustille. La quatrième de couverture est maintenant un peu lointaine sur ce suivi, je la reprends ici :
"La thèse est souvent considérée comme le genre de tous les académismes. Pourtant, depuis le milieu du XIXe siècle, plusieurs grands écrivains français ont entrepris un doctorat, non sans faire preuve d'une certaine originalité. Mallarmé a commencé une thèse de linguistique afin de se remettre d'une crise existentielle, la thèse de Péguy n’est rien d'autre qu'une longue insulte contre la Sorbonne, celle de Paulhan se perd dans d'innombrables brouillons sur plus de trente-cinq ans, Céline a soumis au jury un autoportrait à peine dissimulé derrière l'éloge d'un médecin hongrois, et Barthes a affirmé que la thèse devait être un 'corps érotique'.
Antithèses est une enquête historique où les mondes littéraires et universitaires se rencontrent et se défient. C'est aussi un anti-manuel de thèse dans lequel les écrivains questionnent les normes et formes académiques tout en distillant leurs conseils d'écriture".
Autant le dire de suite, si par endroit les propos sont assez complexes, j'ai passé un bon moment.
L'auteur commence par une histoire de la thèse, de l'université médiévale (le terme de 'thèse" n'existait pas, mais l'esprit était là) à aujourd'hui. Cet historique du doctorat à travers les époques est vraiment passionnant.
Place ensuite à l'étude des travaux de Péguy, Paulhan et Barthes. A cet égard, une petite déception. Si Céline est mentionné dans l'intitulé de cet ouvrage au même titre que les autres auteurs, il n'a droit qu'à quatre pages... Mallarmé est un peu plus chanceux. L'auteur se concentre surtout sur Péguy, Paulhan et Barthes. Et sur d'autres auteurs, mais par ricochets.
Pas besoin de revenir ici dans le détail sur l'amour que pouvait porter Péguy aux universitaires. La façon dont il souhaitait rédiger son travail de thèse est juste géniale : il s'agissait d'un dialogue imaginé entre lui et son jury imaginaire composé d'universitaires qu'il n'aimait pas, où se dégage une critique de l'enseignement supérieur et plus particulièrement celui pratiqué en Sorbonne. Cette partie sur Péguy fut aussi l'occasion de se pencher un peu plus sur son style littéraire avec notamment une distinction entre le ressassement et le rabâchage.
Sur Paulhan, deux choses m'ont principalement intéressé. Tout d'abord, ses notes sur sa manière de travailler sa thèse qu'il a pu noter pendant quelques années sur son cahier vert, qui sont "des sortes d'instantanés de l'état psychologique d'un candidat au doctorat en plein travail". Et comme en tant que directeur de la NRF (la Nouvelle Revue Française) il a été amené à lire plusieurs ouvrages pour juger de la pertinence d'une publication, on a droit à quelques détours sur certains auteurs, notamment Sartre et Céline. Il y a des anecdotes plutôt sympathiques. Par exemple, Céline a eu l'audace de penser à une adaptation cinématographique de sa thèse.
J'avoue avoir eu un peu plus de difficultés avec 'la sexualisation du doctorat' proposée par Barthes. Comme le note C. Coustille, une des particularités de la thèse barthésienne, "c'est le rôle qu'y joue le désir. Pour Barthes, tout texte doit être parcouru du désir de celui qui l'écrit, toute création implique un investissement libidinal et la thèse ne saurait faire exception". Cela dit, passée la surprise, bon nombres de propos s'avèrent très intéressants.
La dernière partie est plus brève et se concentre principalement sur les nouvelles relations entre les écrivains et le monde universitaire. La 'thèse fiction' totalement farfelue de Jean-Benoît Puech m'a fortement intrigué, et m'a donné l'envie de découvrir ses romans. J'ai été content de lire quelques mots sur Tiphaine Rivière et sa BD 'Carnet de thèses'.
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Je m'attelle maintenant non à une double lecture, mais à une triple lecture. Je ne sais pas encore trop comment je vais me débrouiller. Ce que je sais juste, c'est que je vais y arriver :) .
Il s'agit de Les blondes et papa, de C. Exbrayat. Merci Sheila :) .
"Ianto Morgan, veuf, élève seul sa fille de douze ans, Buddug. Au cours d'un voyage professionnel à Cardiff, il rencontre Catrin, une charmante créature blonde, qui lui propose de l'accompagner chez elle. Fasciné par les blondes et particulièrement naïf, il est loin de se douter que, un instant après leur arrivée chez Catrin, il sera surpris, l'arme du crime à la main, devant un cadavre. Son père en prison, Buddug et son fiancé, le preux chevalier Caradog, vont mener l'enquête, aidés de la tante Sioned qui se fera un devoir de secouer la justice".
De L'élégance du hérisson, de M. Barbery.
"Je m'appelle Renée, j'ai cinquante-quatre ans et je suis la concierge du 7 rue de Grenelle, un immeuble bourgeois. Je suis veuve, petite, laide, grassouillette, j'ai des oignons aux pieds et, à en croire certains matins auto-incommodants, une haleine de mammouth. Mais surtout, je suis si conforme à l'image que l'on se fait des concierges qu'il ne viendrait à l'idée de personne que je suis plus lettrée que tous ces riches suffisants.
Je m'appelle Paloma, j'ai douze ans, j'habite au 7 rue de Grenelle dans un appartement de riches. Mais depuis très longtemps, je sais que la destination finale, c'est le bocal à poissons, la vacuité et l'ineptie de l'existence adulte. Comment est-ce que je le sais ? Il se trouve que je suis très intelligente. Exceptionnellement intelligente, même. C'est pour ça que j'ai pris ma décision : à la fin de cette année scolaire, le jour de mes treize ans, je me suiciderai".
Sans oublier Nord et Sud, de E. Gaskell !